Enfance et Enfer, Enfance et Souffrance, dans ce film très réussi et très émouvant, issu de la famille Pialat, Dardenne, Loach, et qui n’est pas le moins digne d’entre-eux. Nous partageons une année de deux frères, de l’ainé surtout, qui doit avoir bientôt 12 ans ; mais qui s’en souvient ?
Sa mère est une épave qui supporte un abruti violent, toxicomane comme elle, alcoolique, qui squat dans leur maison ouvrière, avec deux chambres et une grande pièce au rez dans laquelle passe, erre, s’incruste, une faune jeune encore, désœuvrée, trompant la déprime en biberonnant de la bière tiède et en fumant tout et n’importe quoi dans un bruit abrutissant de mauvaise musique. Ce qui est particulièrement réussi, c’est le vocabulaire, les dialogues de ces épaves qui savent tout mieux que les autres. Et qui ne sont en somme que les victimes d’une désertification industrielle n’ayant laissé que les écrasants halls industriels de Lorraine à l’arrêt, d’immenses ateliers vides où se réunissent sans doute ces laissés pour compte qui y vident nuitamment d’incertaines boissons comme dans des assommoirs.
C’est admirablement décrit, par petites touches justes, nuancées, dépourvues de tout jugement moral. Un regard clinique. Et en même temps profondément sensible à la survie de ces deux gosses qui n’ont rien. Rien.
Un prof « sent » qu’il se passe quelque chose, une copine de classe très « comme il faut » est gentille, attentionnée mais à 1.000 lieues de ce monde à la dérive. Un prof de tennis aussi, sensible. Un petit chaton blanc qui devient un moment l’exutoire d’une tendresse qui n’a pas d’objet. La grand-mère qui fait le petit peu qu’elle peut. Et une assistante sociale incarnant en une seule scène, brève, la carence, l’abandon écrasant qui amènera la fin de ce film tellement bouleversant. Sans pathos, sans scène tire-larmes, simplement en nous faisant partager un enfer que l’on oublie pour pouvoir s’endormir sans cauchemar dans des draps propres après avoir bien dîner. Les acteurs sont tous d’une vérité absolue, enfants comme adultes, les cadres et le montage servent parfaitement ce récit qui a été écrit, scénarisé, de façon exemplaire dans la catégorie. On n’en sort pas indemne.