Hongrois rêvé, ce film nous raconte l'histoire d'un adolescent qui échoue à son examen de fin d'étude. Et il va faire croire que cet échec est imputable au fait qu'il portait, sur son veston, un signe nationaliste qui aurait provoqué l'irritation du jury des enseignants. Pour être précis, il s'agit d'une cocarde de Fidesz, (acronyme de Fiatal Demokraták Szövetsége) le parti devenu d'extrême droite de Viktor Orban fondé en 1988). Et nous voilà en plein « signe ostentatoire d'appartenance idéologique ou religieuse ». C'est l'occasion aussi de s'intéresser au-delà du film, à la grande complexité de la politique hongroise.
Durant une dizaine de jours, nous allons suivre ce qui va devenir une affaire médiatique de première importance. Un article qui « balance » cet incident inventé par Abel va provoquer un tollé politique et la seconde chance donnée à cet étudiant mal préparé se fera sous le crépitement des appareils photos de la presse qui voit là, sans doute à juste raison, une illustration des antagonismes de la société hongroise d'aujourd'hui : le brave gosse fidèle au chef, victime des détracteurs du régime.
Petit à petit, nous allons découvrir la famille d'Abel, très exigeante, le professeur principal, évidement d'une idéologie très différente, la jeune fille convoitée par Abel mais qui a d'autres ambitions, et tout un microcosme très bavard, ce qui nous donne l'occasion d'entendre cette langue rarement diffusée sur nos écrans.
Si le film n'est pas aisé à suivre, à cause de cette langue, à cause d'un parti pris de mise en scène et de montage qui se veut novateur, il résonne dans nos consciences d'Européens vivant en pays de cocagne, comme un grave avertissement de ce qui pourrait advenir si des Trump de toutes sortes venaient renforcer les tenants d'une politique de droite autoritaire, favorisant les favorisés au mépris des plus faibles dans un système social qui doit être réinventé, pas détruit.
Les deux autres intérêts du film me semblent être d'une part la description subtile d'un coming out of age, d'un ado mal dans sa peau, et d'autre part, l'immersion une nouvelle fois, dans un monde scolaire qui a inspiré tant de films récents et passionnants.
Et sans dévoiler la fin, je voudrais proposer une lecture de la scène qui commence par l'envahissement d'une piscine privée par tous ces gosses qui débutent leurs vacances d'été et qui vont être chassés de ce lieu très cadré, très bourgeois, pour se précipiter ensuite dans une eau naturelle, celle d'un vaste lac qui donne une sensation d'immensité et de liberté.
Ce qui ne donne pas une explication à tout, mais donne un espoir dans cette affaire.