Une chambre noire, bouleversante, qui vous enferme dans un univers, certes historique (nous sommes en 1942) mais nous ressen-tons qu'hélas il pourrait revenir et qu'à certains endroits sur terre, il perdure dans toute sa cruauté. Le film se déroule en... Ukraine. Même s'il a été tourné en Hongrie, on se demande pourquoi... Un gamin juif ne doit sa survie qu'à la complicité d'une prostituée qui lui permet de se cacher dans le placard de sa chambre dans laquelle elle exerce son métier. C'est une maison clause fréquentée par la racaille fasciste qui martyrise le pays. Et c'est une balle tirée par l'un de ces soudards qui va percer un trou dans l'espace clos et aveugle où se cache l'enfant qui va découvrir le monde par cet orifice. Et lorsqu'il pourra fuir un moment, sous la pluie, c'est un autre trou qu'il découvrira, jonché de cadavres. Quelques images heureuses de la jeunesse accentuent encore le contraste entre ces moments lumineux et ceux, si sombres, qui sont filmés pratiquement dans l'obscurité qu'impose la prudence. Et si cette enfant s'était appelé Anne au lieu d'Hugo, sans doute aurait-il écrit un journal. Nous avions admiré l'important film précédent de ce réalisateur, La Douleur (473) qui déjà montrait toutes les qualités retrouvées ici. Point de Marguerite Duras cette fois, mais toujours cette exceptionnelle interprète Mélanie Thierry qui nous campe à nouveau une personnalité hors du commun, confrontée au pire. C'est un des très nombreux récits d'un auteur né en Ukraine, Aha-ron Appelfeld, écrivain israélien de toute grande importance, qui a inspiré cette fois ce film bouleversant, une coproduction complexe entre la France, Israël, la Hongrie, le Portugal et, en Belgique, le producteur Tarantula. La riche multiplicité des thèmes abordés dans le film occupe l'esprit pendant la vision et longtemps après, comme pour nous forcer encore et toujours à voir les complexités du monde au-delà de sa chambre, fut-elle un refuge.
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