Un film qui donne envie de cinéma parce qu'il nous raconte admirablement la vie d'une jeune femme ukrainienne, née dans une famille très marquée par la misère et l'emprise religieuse. Jeune peintre, elle est douée d'un talent remarqué, celui de créer des icônes qu'elle monnaie chichement à un religieux barbu vénal. Ces tableaux symbolisent son milieu d'origine, un monde dans lequel tout est représentation figée, codée, verrouillée.
Petit à petit la sensibilité sociale d'Oxana, de son vrai nom Oksana Chatchko, la pousse vers un militantisme qui se manifeste publiquement, dans la provocation. Les premiers scandales dénoncés sont ceux d'une pratique médicale désastreuse, puis de l'organisation de la prostitution. Viennent ensuite les manifestations en Biélorussie, avant de s'en prendre à Poutine, qui n'avait pas encore débuté son opération spéciale. Ces militantes déterminées sont les Femens et nous allons suivre à différentes époques leurs engagements, leurs luttes et la répression dont elles font l'objet.
Ces dames font de leurs corps des calicots et de leurs vies une permanente provocation.
Sans combat, dit l'une d'elle, il n'y a plus de vie.
Mais le film n'est pas une ode à ceux qui manifestent. Il en montre les dangers les limites et les échecs de leur cause. Après un moment, le militantisme vous rend otage de votre propre combat.
Nous avions beaucoup apprécié le précédent film de cette réalisatrice, Slalom (805) avec Noée Abita qui en était l'actrice principale et qui assume cette fois un rôle d'artiste parisienne. Toutes les grandes qualités de ce premier film se retrouvent ici. Il s'agit cette fois d'une fresque avec quelques moments intimes qui la rendent profondément humaine, souvent déchirante.
Plusieurs films et documentaires se sont emparé déjà des Femens qui auront marqué l'imaginaire protestataire de façon déterminante dans les pays de l'Est mais suscité un regard plus perplexe dans les démocraties plus policées, comprenant moins bien ce qu'elles ont ressenti comme une forme d'excès hystérique parfois.
Ce récit, très documenté, est admirablement mis en image avec, en particulier quelques plans éblouissants techniquement (la caméra qui précède la nageuse) ou esthétiquement et travaillés pour que s'y fonde l'ambiance de création d'ateliers de peintres.
Nul ne pourra rester insensible et à ce destin et au tableau qui en est proposé.