La pilule est amère pour ces très jeunes filles qui ne l'ont pas prise à un âge tendre, pour éviter une grossesse souvent provoquée par une rencontre peu fiable.
Le prodigieux travail des réalisateurs est de nous faire partager les moments de basculement de ces destins parfois douloureux, parfois tragiques, de jeunes mères confrontées à une naissance qu'elles vont assumer parfois ou rejeter souvent à cause des conditions de leur propre venue au monde, de leur propre jeunesse.
Plusieurs profils de vies sont entremêlés car le point de rencontre de toutes ces cabossées de la vie est un centre pour filles-mères où elles sont prises en charge par une équipe admirable de dames travaillant pour le SAJ, service d'aide à la jeunesse. Quel professionnalisme, quelle dignité et ce film leur rend un hommage qui mettra en lumière, on peut l'espérer, ce travail social mal rémunéré dans des structures sous- financées.
Les réalisateurs ont réuni de jeunes interprètes éblouissantes de naturel, convaincantes même dans des scènes que d'autres auraient pu rendre larmoyantes. Quelques acteurs professionnels interviennent ici où là mais sans jamais nous faire quitter une ambiance de reportage, de documentaire, de découverte souvent effarée qui fait de ce film un moment de cinéma exceptionnel.
Si les Dardenne ont l'habitude de structurer chacun de leur film autour d'un personnage central, ici nous sommes dans un récit « choral » où se croisent, se mélangent, se confrontent des destins que rien ne devrait rapprocher et cette forme de scénario justifie très largement le prix décerné à Cannes pour un film qui vous prend au cœur.
Le travail du cadre est comme chaque fois chez les frères, un élément essentiel du regard proposé sur des moments dont certains sont d'une intensité telle que les larmes jaillissent même des yeux les plus endurcis.
Et puisqu'il faut aller voir ce film sans crainte, je partage ce poème d'Apollinaire qui en dit toute la beauté :
J'ai cueilli ce brin de bruyère L'automne est mort souviens-t'en Nous ne nous verrons plus sur terre Odeur du temps brin de bruyère Et souviens-toi que je t'attends