Le jeu de mots du titre nous trace une avenue superbe dans laquelle se croisent deux époques, 1895 et aujourd'hui.
Le générique nous montre les Nymphéas à Marmottan, tableau sublime qui sert de fond à un photographe empêtré dans le portrait médiocre d'une nymphette sans élégance. Le film se terminera avec en fond, ce même tableau, après nous avoir sensibilisé e.a. aux exigences artistiques de ce qu'est un beau portrait. Et nous en verrons, de photographes célèbres !
La seconde époque évoquée grâce à un subterfuge scénaristique remarquable, est celle de l'invention de la photographie, concurrente de la peinture.
Et ce thème sous-jacent va enrichir de façon magnifique le fil du récit qui, comme le balancier d'une horloge, passera d'une époque à l'autre de façon très imaginative, pleine d'humour et d'habileté.
Si le verbe « déclichiser » est accepté au Scrabble, il trouve ici tout son sens car les recherches qui se feront au départ de clichés anciens vont être particulièrement subtiles, savoureuses et pleines de surprises.
Un personnage central du XIXe siècle fera une sorte d'enquête sur ses origines à la fois très amusantes, et par certains aspects, très pathétiques. Elle nous donnera l'occasion de croiser des grands talents de cette époque, brièvement évoqués, sauf plus longuement Monet à Giverny, somptueusement filmé.
D'aucuns trouveront que le rythme faiblit ici ou là, parce qu'ils ne profiteront pas de ces moments pour méditer sur les souvenirs personnels, les passions assumées et sur le fagot constitué par chacun de ce qui s'appelle sa culture, une nourriture indispensable.
Et l'un des protagonistes, le photographe du XXIe s., fait à son grand-père l'aveu d'avoir souvent regardé devant lui alors que cela lui a fait du bien, au fil de l'histoire, de regarder derrière lui.
Ce réalisateur devenu célèbre après L'Auberge espagnole, est aussi l'auteur de Ce qui nous lie (416) Deux moi (695) et En corps (951). Nous apprécions chaque fois les mêmes grandes qualités : l'humour, la différenciation langagière des répliques si bien écrites (avec des jeux de mots potaches), la direction d'acteurs excellents et la maîtrise d'une narration en des temps qui s'entrecroisent. Il est une temporalité qui s'invite au récit, celle de 1944. Vous découvrirez comment elle témoigne et contribue à la venue de l'avenir.