La mode semble être aux titres qui ne disent strictement rien du film à voir.
Pourtant, le film est d'un grand intérêt par sa mise en forme très stylée, avec des cadres larges et fixes permettant l'observation et l'écoute sans se sentir tenu en laisse par une mise en scène qui souligne les effets.
Le sujet semble nous emmener dans une sordide histoire de dette non payée, de bagarres nocturnes. Mais dans ce petit microcosme social, tout le monde sait, a une opinion et refuse le dialogue, en particulier avec les policiers chargés de l'enquête.
Et petit à petit nous comprenons que le sujet de cette omerta est d'une autre nature. Ce qui nous vaudra l'intervention d'un Pope au comble du ridicule, un de ces personnages qui croient être guide spirituel, exorciste. Mais il n'y a pas que lui, il y a une tension sous-jacente qui se ressent de plus en plus fort et qui poussera notre personnage central à quitter son village paisible, logé dans le delta du Danube.
C'est le troisième film d'un réalisateur roumain et il m'a semblé très subtilement développé et avec une grande pudeur car ce sujet est parfois traité avec une crudité qui nous est épargnée ici, laissant toute la place à la dynamique d'une petite communauté provinciale et conventionnelle soudain confrontée à l'inconcevable. Le point de vue adopté avec talent est « micro » pour un sujet « macro » : celui de l'acceptation de celles et ceux qui ne sont pas conformes. Sujet qui pourrait nous amener sinon à la fin du monde, du moins à la fin d'un certain monde.