Il y a des films qui ne sont pas des œuvres majeures, mais qui sont des merveilles.
C'est le cas de celui-ci dont le titre est absurde (*Crique sur la mer en gaëlique) car il ne dit rien de ce qui en fait toutes les qualités. C'est le titre du roman adapté de Nicolas Mathieu, et de l'inévitable chanson interprétée par Michel Sardou, Les Lacs du Connemara. Cette chanson, dans le roman, est le symbole d'une époque, celle d'une partie du récit, où cette rengaine était une sorte de chant de ralliement des soirées bobo avant que le terme ne soit même en vogue.
Nous allons partager une période difficile de la vie d'une maman de 2 jeunes enfants. Elle travaille comme beaucoup d'autres, sous le « plafond de verre » et avec une charge mentale XXL. C'est une femme « efficace ».
Dans ce parcours de vie que découvre le spectateur, d'innombrables choses se passent qui sont « banales » sauf que la manière de les vivre, de les montrer, de les ressentir est d'une immense richesse.
Mélanie Thierry est tout à fait convaincante et d'un charme aussi discret qu'irrésistible.
Les dialogues sont admirablement écrits (même si parfois on les entend mal, film français oblige). Mais c'est le montage d'une extraordinaire fluidité qui donne au récit sa personnalité singulière. La façon de rapprocher les moments qui ne sont pas dans la continuité, le découplage fréquent de la bande sonore qui prolonge telle séquence de dialogue alors que l'image soudain change pour évoquer tout autre chose. Et ce n'est pas du maniérisme, c'est une façon très subtile d'illustrer le chaos intérieur de cette femme qui a tout pour être heureuse mais qui est confrontée à une vie qui ne l'est pas.
Parmi les très nombreux et excellents rôles, j'ai été très touché par celui de la mère du personnage principal et celui du père d'un autre personnage, grand-père âgé, dont le cerveau fonctionne de moins en moins bien. Leurs sorts ne sont qu'un des aspects du film, mais ils en illustrent bien la grande richesse.
Le réalisateur a excellé déjà depuis des années dans de très nombreux domaines comme acteur de cinéma, de télé et de théâtre, comme metteur en scène de ces média (*Guy 537 dans lequel il assumait aussi et brillamment le rôle principal).
La maîtrise du rythme du film, la richesse et la diversité des façons dont s'expriment les personnages sont une belle illustration du travail immense que nécessite un scénario très bien construit et des répliques qui sont ciselées, fussent-elles d'un seul mot bien choisi, d'un regard qui dit tout.
Et lorsque Baudelaire est cité, son Albatros résonne de façon parfaite.Ce poème aux rimes masculines et féminines alternées rappelle qu'« Exilé sur le sol au milieu des huées/ Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »
Ce n'est pas seulement un film sur la crise de la quarantaine au féminin, c'est un film sur la vie à laquelle tant de gens sont sans doute confrontés à un moment ou à un autre.
Allez la partager durant deux heures qui passent vite, elle vous restera longtemps en mémoire comme une amie attachante.