Treize impressionnant ! S'il est des films qu'il « faut » voir pour connaître notre histoire, celui-ci est certainement l'un d'entre eux. Comme d'autres films qui ont montré la guerre dans toute sa violence, à celles et ceux qui ont eu le privilège de ne jamais devoir la subir.
L'histoire est connue : il s'agit de raconter les 13 jours entre la chute de Kaboul le 15 août 2021 et le moment où seront exfiltrés des civils pris en charge par l'ambassade de France.
Le personnage central admirablement incarné par Roschdy Zem est un policier français confronté à un moment où le monde bascule sans que l'on ne sache vers quoi.
Et l'on ne peut échapper à l'émotion intense que provoque le sentiment que la liberté est l'un des biens les plus précieux de la vie. Lyna Khoudri atteint une fois de plus un niveau spectaculaire dans sa carrière d'actrice en nous faisant ressentir avec une rare intensité les émotions qui l'envahissent.
La victoire des Talibans n'est pas seulement une défaite pour l'Amérique après 20 années de guerre d'occupation, car la leçon du Vietnam n'avait pas suffi. C'est l'échec de la démocratie comme modèle social, c'est la négation de nos valeurs de laïcité, d'égalité des genres, de droits humains.
Au-delà du récit haletant, des questions essentielles sont abordées, sans lourdeur, presqu'incidemment. Celle de la limite entre l'information et la mise en danger. Celle de l'équivalence des risques : rester ou évacuer ? Celle du destin des « collaborateurs » avec le régime d'occupation, comme le fut celui des Harkis notamment qui n'ont eu de salut qu'en quittant leur pays, un déchirement inconcevable pour qui ne l'a pas connu.
Ce groupe de français et les quelques afghans qui bénéficient de leur relative protection, sont confrontés à la force brutale de crétins religieux exaltés, enfouraillés comme des chars d'assaut qui tirent et tuent sans aucun discernement.
Le film reconstitue somptueusement ces journées et ces nuits d'angoisse et d'incertitude. Les relations interpersonnelles sont riches, nombreuses et d'une complexité que la situation rend haletantes.
De ce réalisateur, Martin Bourboulon, j'avais apprécié déjà Eiffel (865) et deux fois Les Trois mousquetaires (1169 & 1319). Il fait preuve ici d'un savoir-faire d'une qualité que l'on admire plus généralement dans le bon cinéma américain. Et il a même bénéficié, on se demande pourquoi, grâce au tax shelter, de l'argent des contribuables belges.