Ce qui passe, c'est l'ambiance, celle d'une rédaction d'un journal de faits-divers, avec des personnalités un peu faisandées, revenues de tout mais encore motivées à enquêter d'une façon fouineuse en osant des démarches que la police ne peut entreprendre. Ce qui parfois provoque des clash !
Donc nous savons dès le début du film que l'enquête sera le fil conducteur du récit, avec des moments amusants, d'autres bien imaginés, mais tout cela manque un peu de structure. La fille d'un des journalistes fait son stage dans ce journal. Elle est très bien interprétée par Mallory Wanecque, une comédienne singulière et intéressante, appréciée déjà dans Les Pires (1085) Comme un prince (1330) Pas de vagues (1394) et L'Amour ouf (1558) Un talent à suivre ! Son père est interprété par Sami Bouajila que l'on voit souvent, mais que l'on ne remarque que rarement et ce n'est pas ce film qui en fera une vedette. Jean-Pierre Darroussin est un collègue de la génération d'avant qui va nous réjouir dans quelques courtes scènes où ses jeux de mots de potache font sourire.
La photographie du film est très travaillée, les images sombres, les prises de vue nocturnes nombreuses car l'histoire s'y prête. Certains effets de montage sont discrètement intéressants et parfois audacieux. Le découpage de la scène du restaurant est un vrai exercice de style. Un accessoire rarement mis en scène contribue au suspens : la CB, acronyme de citizen-band, ces radios en ondes courtes permettant des échanges vocaux, souvent dans un argot qui les rendent abscons. Déjà que, film français oblige, nombre de dialogues sont inintelligibles, ce qui est d'autant plus dommage parce que le travail sur la bande sonore est très fouillé et soutenu par une musique de qualité.
Malheureusement le scénario s'éparpille un peu entre différentes directions sans les faire aboutir et il passe à côté du sujet central. Ce qui est dommage car il est rarement traité au cinéma et devient hélas un phénomène de société qui se répand de façon inquiétante. Il s'agit des mâles alpha, ces dominants qui s'arrogent des privi-lèges dans tous les domaines.
Le masculinisme est évoqué ici dans son aspect le plus épouvantable, le comportement de rapace. Et les contribuables belges seront étonnés de constater que leur argent bénéficie du tax shelter sans que le film n'ait quoi que ce soit de « belge ».