Un film important, émouvant, et d'un intérêt majeur car il nous parle d'une époque dont le souvenir s'estompe, celle de la guerre civile en Espagne, abomination qui n'a sans doute pas encore révélé toutes ses horreurs.
C'est un roman de Francesco Escribano qui est adapté. Il raconte l'histoire d'un enseignant catalan Antoni Benaiges, qui arrive, en 1935, dans un village oublié du monde, Bañuelos dans la province de Burgos au centre de l'Espagne.
C'est à Barcelone que commence le film, en 2010. La petite-fille d'un monsieur que l'âge enferme dans un mutisme d'amnésique va rejoindre un site dans lequel des équipes essayent d'identifier les corps massacrés et jetés dans une fosse commune.
Son espoir est de découvrir enfin le destin du père de son grand-père, personnalité jamais évoquée dans sa famille.
C'est un film sur le poids du silence enfoui comme les corps des martyrs le sont dans des charniers.
La mise en scène est d'une classique sobriété, plan large, champs, contrechamps à hauteur de regard, pas de sophistication de montage et une image dont les couleurs froides, parfois bleues, contrastent admirablement avec cette idée d'une Espagne baignée de soleil. Nous découvrons une histoire tragique et l'ambiance glacée est de mise.
Une seconde temporalité alterne avec celle de cette recherche, c'est celle de la vie de cet instituteur qui amène des méthodes d'enseignement que les decrolyens reconnaîtront certainement.
Lorsque les franquistes arriveront en triomphateur, vous découvrirez la façon dont les choses changent à la plus grande satisfaction du curé.
Deux autres films avaient déjà pris les excavations des charniers pour thème : Nuestras Madres (714) et Madres Paralelas (890) et une trentaine de films, parfois anciens, traitent de cette guerre civile qui annonçait le second conflit mondial.
Nous retrouvons chaque fois ce qui, dans l'actualité d'aujourd'hui, devrait nous ouvrir les yeux avant qu'on ne nous les ferme.