Inouï, on peut le dire de ce film qui traite de la surdité.
Il commence par des images de bonheur, celui d'un couple qui vit dans un environnement idyllique. Malgré le fait que l'épouse soit sourde de naissance, donc pratiquement muette ; Son mari « signe » avec dextérité et quelques moyens sont utilisés telle la sonnette lumineuse ou le téléphone portable avec image, permettant de lire sur les lèvres.
Ils sont très entourés par de nombreux ami(e)s dont certains sont affligés du même handicape, la vie semble belle, le métier de l'épouse, très gratifiant.
Lorsqu'une grossesse débute, la question de savoir si l'enfant, comme sa mère, risque d'être atteint de surdité congénitale va devenir une préoccupation angoissante et bien compréhensible.
Ensuite, nous allons partager plusieurs années du couple dont la relation va petit à petit être modifiée par la présence de cet enfant. On ne passe pas impunément d'une relation de couple au triangle d'une famille.
C'est cette évolution admirablement illustrée qui fait l'intérêt de cette histoire émouvante et peu ordinaire, avec un point de vue féministe subtile et une réflexion sous-jacente sur le validisme qui n'est pas un lieu commun. La réalisatrice a déjà beaucoup travaillé, notamment sur un court métrage du même titre, très récompensé. Ce film est son premier long métrage, très engagé sur les questions de société.
C'est la sœur de la réalisatrice, sourde, qui assume ce rôle très impressionnant.
Ce n'est pas la première fois que la surdité est abordée au cinéma. La Famille Belier (113) par exemple avait beaucoup ému. Ici, nous sommes dans une réflexion plus complexe et moins hâbleuse.
Et le travail remarquable de la bande sonore, en lien avec les sous-titres, fait ressentir, si peu que ce soit, cette incapacité de suppléer à l'absence de l'ouïe, ce sens en effet irremplaçable.