La rave au cœur. Le récit débute de façon classique par la préparation d'un de ces rassemblements illégaux où une population d'abrutis percés et tatoués comme des statuettes exotiques s'agitent frénétiquement au son des BPM (battements par minute) assourdissants qui remplacent la musique et ses richesses harmoniques. Mais nous sommes prévenus par le mot qui sert de titre et désigne un chemin, un pont entre le paradis et l'enfer.
Un père très anxieux circule dans cette faune, accompagné par son jeune fils ; ils cherchent à retrouver sa jeune sœur dont ils montrent la photo à chacun. Nous comprendrons que ce film est une sorte de défi orphique à la mort.
Dans cette agitation de Saint-Guy, quelques personnalités émergent et leurs invalidités les désignent à notre attention. Lorsque tout le monde doit quitter ce lieu d'une somptueuse beauté, commence une sorte d'errance dont vous découvrirez les nombreuses et stupéfiantes richesses dans des décors à couper le souffle.
Il m'a semblé que pour apprécier cette histoire, façon nostoi à l'antique, un récit des retours, un road movie, il faut lâcher prise et abandonner la recherche d'explications rationnelles. Une image fugitive sur un écran télé montrant des cohortes à La Mecque, suggère l'analogie entre ces formes d'hystéries collectives qui s'emparent de foules immenses et abruties.
L'errance de ces paumés se déroule dans des paysages d'une beauté hallucinante et la lumière, le sable emporté en nuage par le vent, le soleil rouge comme une forge, feu de l'enfer, finissent par nous faire planer, aidés en cela par une musique peu ordinaire qui contribue de façon essentielle à ce « décollage » de la réalité. Le réalisateur a cherché, me semble-t-il, une façon de visualiser l'introspection et la confrontation aux limites émotionnelles grâce aux décors vertigineux, à cette divagation sans but connu, et à la symbolique de la lumière crépusculaire ou éblouissante, absente ou renaissante. La fascination du désert a déjà inspiré de nombreux films. Celui-ci me semble d'une belle originalité qui nous laisse un peu groggy. Même s'il se termine sur une voie ferrée qui impose sa rigueur pour continuer notre chemin vers le paradis ; à moins que ce ne soit vers l'enfer.