Ce n'est pas un simple film, c'est la suite d'un combat sur grand écran. Souvenez-vous, e.a. de Taxi Téhéran (122) 3 Faces (529) No Bears (1129). Ce cinéaste, au péril de sa vie, lutte avec sa caméra contre les Mollahs enturbannés qui asservissent leur peuple en Iran. Son fils, Panah Panahi prend aussi part à cet engagement par l'image avec Hit the Road (959).
Et l'on ne peut voir ce film sans ce double prisme, celui de l'art cinématographique et celui de la lutte politique.
Le sujet est simple : peut-on se faire justice soi-même ? Ce sujet complexe avait été très subtilement traité déjà, dans le contexte syrien, par Jonathan Millet dans Les Fantômes (1497) en utilisant un autre sens, l'odorat, alors que Jafar Panahi lui, a choisi l'ouïe comme lien entre le bourreau et ses victimes, vous le découvrirez.
Les éléments de la dramaturgie sont simples, caricaturaux diront certains : une camionnette qui symbolise un monde de claustration, 5 personnages plus ou moins extravagants réunis par un destin commun : être victime de la torture, tant réelle que symbolique infligée par le régime politique qui oppresse chacun. Leurs dialogues seront torrentueux, la confrontation de leurs arguments particulièrement interpellante. Le style très dépouillé des plans qui s'enchaînent sans sophistication de montage donnent au début du film un ton inspiré une fois encore par en attendant Godot, thème que le cinéma affectionne.
Et il appartiendra à chaque spectateur de fouiller dans ce récit aux accents baroques ce qui le touche, ce qui le fait rire, ce qui le bouleverse. Car la richesse des propos, la diversité des situations ne sont pas d'une limpidité consensuelle, c'est un appel sensible à la réflexion et ce n'est pas un accident.