Il est des films dont la nécessité dépasse leur seule ambition de spectacle et qui rejoignent de graves enjeux de société.
Décrire la façon dont des femmes marocaines se livrent à la prostitution de luxe et sont victimes d’une police et d’un rejet social cruels, n’est pas d’une franche gaîté, mais relève d’un courage que, malheureusement, les réactions provoquées par ce film ont dramatiquement illustré.
Nabil Ayouch s’était fait connaître e.a. par ce film retentissant Les chevaux de dieux.
L’une des actrices de Much Loved, Loubna Abidar, a été contrainte à l’exil depuis qu’elle a été battue, frappée au visage, en réaction à ce rôle dans une film de fiction qui a tout d’un reportage. Disons d’une reconstitution très pénible de l’enfer quotidien de ces 4 femmes dont la vie est dépeinte sans la moindre hypocrisie. Ce qui nous vaut des scènes très saisissantes, pénibles, accablantes.
C’est glauque, c’est répétitif, c’est avilissant, sexiste à un degré inimaginable et en même temps d’une vigueur que ces 4 femmes arrivent à maintenir, sans doute grâce à leur complicité, à leur unité de destin, celui d’esclaves et de machines à sous. Car c’est bien là l’ambiguïté qui est montrée de façon complexe dans ce récit nauséeux : ces femmes bannies, ces femmes répudiées, restent des femmes convoitées, des individus économiquement vitaux pour leur entourage qui en a honte, qui les rejette.
Ce film est nécessaire pour ce qu’il dénonce, courageux parce qu’il le fait dans un pays qui se manifeste encore par son étroitesse d’esprit et son conservatisme plein d’hypocrisie. Et parce qu’il attise un rejet imbécile chez les propagateurs d’une morale défendue par ceux-là même qui arment les terroristes. Un film à voir et à soutenir, même si le voir est parfois insoutenable.