La Grande Première ! Telle pourrait être qualifiée cette histoire très élégamment contée d'une jeune fille, cadette de trois sœurs un peu envahissantes et fille d'une maman algérienne adorable (et très bonne pâtissière !). Elle termine ses études moyennes et c'est le printemps.
Entourée de garçons un peu bêtes comme il se doit à cet âge et qui la traitent de gouine, elle se replie sur elle-même, curieuse de découvrir son intérêt pour un site de rencontres pour femmes. Elle pratique le football et se fait soigner pour son asthme. Ce qui provoque une rencontre qui sera déterminante avec une jeune femme interprétée par Ji-Min Park, l'actrice que nous avions admirée dans Retour à Séoul (1121). La subtile découverte de l'amour homosexuel est très finement montrée et le trouble qu'elle provoque, très bien exprimé par Nadia Melliti dont c'est le premier rôle qu'elle assume brillamment.
La réalisatrice avait débuté aussi, comme comédienne sans réelle expérience, dans La Graine et le Mulet. Elle fait une brillante carrière d'actrice et ce film est le quatrième qu'elle dirige.
Elle nous propose de nombreux moments qui jalonnent ce parcours initiatique, contemporain de l'automne, celui de l'entrée à l'université.
Mais le poids des traditions familiales, l'ambiance religieuse, inhibent l'épanouissement de cette révélation. Ce qui nous vaut un dialogue avec un imam d'une somptueuse connerie, rabâchant les pires clichés, les croyances les plus idiotes que notre étudiante arrivera à surmonter, parfois douloureusement. Une vraie crucifixion !
Et il est frappant de constater que la question de la femme homosexuelle soit à ce point présente au cinéma : Little Trouble Girls (1781) Dreams (1780) mais aussi Portrait de la jeune fille en feu (696) Carol (200) Blue Jean (1156) Love Lies Bleeding (1443) e.a.
Une évolution très positive quand on se souvient de l'opprobre qui frappait jusqu'il y a peu poètes, artistes, danseurs et autres hommes préférant les relations homosexuelles.
Un récit encourageant pour les femmes qui font ce choix d'avoir à leur tour une place heureuse dans une société où les hypocrisies sont nombreuses encore. En espérant qu'un tel film annonce que cette honte sera sans doute une petite dernière.