Hind Rajab est le nom d'une enfant dont nous entendrons la voix durant ses dernières heures de vie, à Gaza, dans un véhicule mitraillé par l'armée occupante. Elle est reliée à une équipe du Croissant rouge cisjordanien grâce à son téléphone.
La réalisatrice tunisienne a déjà exprimé son immense talent et ses engagements dans plusieurs films dont L'Homme qui a vendu sa peau (836) et Les Filles d'Olfa (1226).
« Quiconque a sauvé une vie humaine est considéré comme ayant sauvé la vie de toute l'humanité », cette citation du Talmud est sans doute l'ambition des deux femmes et des deux hommes qui vont, avec l'énergie du désespoir, tenter de secourir cette enfant.
L'histoire est authentique et utilise les vrais enregistrements de cette voix enfantine et affolée, ainsi que celle de sa mère. Les dialogues sont interprétés par des acteurs, incarnant les 3 volontaires qui, dans une centrale pour appel téléphonique, feront l'impossible pendant plusieurs heures, en essayant d'obtenir une ambulance qu'un collègue pointilleux ne veut pas mettre en danger sans être couvert par une autorisation de l'armée occupante. Tous 4 restituent les tensions, les colères, les antagonismes que leurs missions ne peuvent que provoquer tant les enjeux sont dramatiques.
Nous découvrons les arcanes de ce genre de négociation avec les autorités civiles et militaires qui, hélas, n'arriveront pas à sauver cette enfant ni les deux ambulanciers qui se portaient à son secours au risque même de leurs vies perdues sous le feu déchaîné de l'armée israélienne.
Ce n'est certes pas la première fois que le cinéma s'empare de faits de guerre qui sont mis en scène d'une façon aussi stressante que révélatrice de l' horreur qu'est le recours aux armes à feu. Deux choses rendent ici l'émotion incandescente : la voix réelle de cette victime exemplaire de la barbarie et le fait que l'histoire n'est pas de l'histoire, mais une actualité insupportable. Abstenons-nous de commentaires déplaisants et déplacés sur certaines répétions, certaines longueurs, certaines séquences trop appuyées. Ce serait indécent.
Ce qui émerge, complémentairement à la force exceptionnelle de cette tragédie (re)vécue en direct, c'est la réflexion que l'on ne peut manquer de faire sur le changement radical des paradigmes qu'a amené la numérisation des communications téléphoniques, leurs enregistrements, la mobilité des appareils, et la visualisation en direct d'événements dont l'enjeu n'est rien moins que la vie des gens.
Et pendant ce temps-là toutes ces horreurs continuent et se répandent aux portes de l'Europe parce que la voix de Hind Rajab n'est pas entendue. Puisse-t-elle l'être, il y a urgence, et devenir ce que fut la photo de « la petite fille au napalm » prise le 8 juin 1972 au Vietnam et qui modifia le cours de cette guerre atroce.