Ah ! le cinéma anglais ! Filmé avec une élégance sans fausse note, joué avec un talent sans limite, reconstituant une époque (l’immédiat avant-guerre de 14) de façon spectaculaire. C’est un régal même si c’est un genre connu, vu déjà et « classique » dans sa façon d’utiliser le cinéma.
Et le sujet en vaut la peine qui plonge au cœur naissant d’une attitude, d’un combat oublié et souvent méprisé, celui de l’émancipation des femmes. Le récit est linéaire, les comportements des personnages, découverts successivement, conformes aux attentes, courageux, abjects, victimes, etc. dressent un portrait de la société d’alors qui amuserait s’il n’était glaçant par la violence permanente implicite ou explicite qui fait de cette lutte sociale un réel combat dont il faut rappeler et l’importance et l’âpreté.
Et de nombreux détails, amusants (l’émergence de la photo comme instrument de police), spectaculaires (les conditions de travail dans une buanderie industrielle ou les courses de chevaux) ou d’une rare cruauté (le gavage forcé des femmes prisonnières en grève de la faim).
Bref, un film utile, enrichissant et intéressant. Même s’il est parfois un peu « convenu ».
Mais qui soulève, sans le vouloir peut-être, une grave question, celle de la désobéissance civile, celle du recours à la violence pour défendre sa cause. Des vitrines sont détruites à coup de pierre, des bombes (artisanales) font exploser des boites aux lettres, etc. Dans cette époque où le terrorisme occupe tous nos esprits, il n’est pas indifférent de réfléchir à ce qui rend tel combat « honorable » tel autre, indéfendable.
Cette distinction trouve son fondement sans doute entre le progrès de l’humanité et sa régression. Mais qui peut définir par anticipation, et de façon universelle, ce qu’est le progrès de l’humani-té ? Vaste débat que ce film alimente positivement.