Croyez-moi, cette très modeste production est un éblouissant sommet de ce que l'art cinématographique peut produire de mieux.
L'action se déroule en une journée consacrée essentiellement à une comparution devant une juge du tribunal de la famille et de la jeunesse.
Quelques brèves séquences d'ouverture nous font comprendre qu'il s'agit d'une mère avec ses deux enfants qui, eux, ne seront pas entendus avec les adultes. Et bien sûr, il y a le père, interprété de façon exceptionnelle par Laurent Capelluto, qui est à l'origine de cette comparution.
Trois avocats encadrent les parents, celui des enfants qui se fera le porte-parole de ce qu'il considère comme leur intérêt, et ceux de chacun des parents. Ils sont tous les 5 assis en arc de cercle, face à la juge seule et marmoréenne.
Et chacun, à son tour, prendra la parole. Ce qui nous permet de comprendre l'enjeu de cette comparution. Elle se déroule dans un bâtiment immense, noyé de lumière, à l'inverse des films de prétoire sombres, plus classiques comme Anatomie d'une chute (1255), Le Procès Goldman (1254), La Fille au bracelet (758) ou Saint Omer (1062) par exemple.
Je perçois ce choix architectural comme une métaphore de la justice qui se doit d'être transparente, mais qui est aussi une immense institution dont la compréhension échappe, comme ici, tant aux prévenus qu'aux plaignants.
Il s'agit d'enfants en danger, ce qui transforme les parents, potentiellement partenaires de leur éducation, en adversaires véhéments, au détriment de leurs enfants.
Les avocats sont de vrais pratiquants du barreau, compétent dans ces matières et qui ont largement improvisé leurs textes. La mère, Myriem Akheddiou, a déjà une longue carrière mais sans doute dans des rôles moins mémorables. Elle est ici bouleversante, d'une grande intériorité et exprimant sa douleur avec autant de retenue que de désarroi, confrontée à la victimisation secondaire, à la décorporation, notions clés pour comprendre les enjeux d'un drame qui a provoqué l'encoprésie du garçon, cette pathologie qui se manifeste par l'émission involontaire et répétée de selles chez un enfant de plus de 4 ans, dans des endroits inappropriés comme ses sous-vêtements ou le sol.
Ce qui est sans doute à l'origine de cette réussite exceptionnelle, c'est que la confrontation a été tournée à plusieurs caméras en une seule prise de près d'une heure. Et que donc les émotions, les étonnements, les indignations semblent chaque fois d'une grande sincérité.
Et l'ambition du film, en filigrane, veut nous faire comprendre combien il est difficile de choisir qui croire, mais surtout d'écouter et d'entendre celles et ceux qui n'osent plus, qui ne peuvent plus se faire entendre. C'est incroyable.