C'est la chute finale ! Celle de la démocratie représentative qui nous est décrite de façon admirable, illustrée par un récit complexe et riche qui rappellera aux plus anciens les espérances déçues de leurs rêves de jeunesse, et montrera aux plus jeunes la fragilité de ce qui reste notre idéal, un monde libre où le droit et les lois sont respectés comme valeurs insurpassables.
Et aujourd'hui, comme nous nous en éloignons gravement, voir ce film me semble indispensable.
Il débute lorsque le rêve porté par Allende devient le cauchemar imposé par Pinochet, en septembre 1973, un drame planétaire emblématique. Nous suivrons ensuite, 5 années durant, l'action du secrétaire du parti communiste italien, Enrico Berlinguer. Depuis son « accident » à Sofia, organisé sans doute pour le tuer, jusqu'à l'assassinat d'Aldo Moro en 1978, nous serons immergés dans le travail de cet idéaliste opiniâtre, mari attentionné et père de trois enfants. La lettre qu'il leur écrira après l'enlèvement d'Aldo Moro est particulièrement poignante.
Ce qui est passionnant, c'est d'être ainsi plongés au cœur des turpitudes du bolchévisme poststalinien, des intrigues politiques italiennes, de la militance communiste et des campagnes électorales qui ont failli amener le P.C. italien au pouvoir avant les années de plomb.
Une voix off nous fait entrer dans la narration et explique un peu l'antinomie viscérale entre les démocraties et le régime d'URSS. Ce qui risque de faire perdre au P.C. italien le soutien nécessaire de ce dernier. Gramsci, Rosa Luxembourg, figures tutélaires, sont évoqués sans que le film ne devienne un exposé méthodique des idéologies sous-jacentes.
Certes le récit historique a un côté biopic, mais il aborde des questions tellement fondamentales que nous restons suspendus à ce foisonnement d'images dont plusieurs sont d'époque, très habilement intégrées au récit grâce à un talentueux traitement d'étalonnage.
Comment s'empêcher d'établir des liens avec notre quotidien, 50 années plus tard ? C'est sans doute cela la grande ambition de ce cinéaste dont le film a attiré un immense public italien e.a. Et il y a de quoi.