Ne connaissant ni l'œuvre ni la personne dont ce film s'est emparé, je n'ai absolument pas été gêné par ce que d'aucuns pourraient critiquer : la ressemblance physique ou l'utilisation musicale de l'œuvre.
Le récit est très bien construit qui nous fait alterner les images en noir et blanc d'une jeunesse traumatisée dans les années 1957 et suivantes, et, en couleur, l'émergence d'une vie d'artiste qui marquera l'histoire de la musique comme lors d'un concert triomphal en 1981, rapidement évoqué.
La question posée par le scénario est de savoir si les douleurs de l'enfance sont sources d'inspiration, de talent. Et le sous-titre pourrait être Cheminement d'un dépressif. C'est très bien montré avec subtilité, mélangeant solitude, amour impossible, création solitaire, entourage à la fois protecteur et bienveillant, mais aussi avide de rentabiliser un talent naissant. Vous apprécierez les longs déplacements, les déménagements qui concrétisent en quelque sorte cet isolement, ce manque de racines.
Il y a quelques brèves scènes qui montrent la pression des souteneurs que sont les managers, directeurs artistiques, maisons de disques et agents de tous poils qui vivent aux crochets des créateurs, fragiles et insécurisés, parfois mal compris lorsqu'ils font entendre leur travail.
Quelques séances en studio qui montrent les équipements d'autrefois ne manquent pas de nostalgie. Nous sommes immergés dans l'époque durant laquelle MTV imposait son style, son rythme, sa culture et son esthétique. Elle est très bien rendue par une image évocatrice de l'époque. Et la performance de l'acteur Jeremy Allen White est d'autant plus séduisante que c'est lui qui chante et joue tant de la guitare que de l'harmonica. Ces acteurs qui interprètent des célébrités sont admirablement préparés par un entourage très spécialisé aux États Unis.
Nous avions apprécié déjà l'un des 6 films de ce réalisateur aussi acteur et producteur : Hostiles (496) qui démontrait magnifiquement son talent de conteur et la somptuosité des reconstitutions d'époque.
Le parti pris du scénario est d'avoir e.a. occulté la vie du groupe E Street Band, qui a valu le surnom de Boss à Springsteen. Donc, les connaisseurs de l'artiste n'auront peut-être pas leur content de musique et de légende. Les cinéphiles n'auront pas eux, à être délivrés du néant.