Nous sommes en Turquie, en 1999.
Nous ne verrons pratiquement que l'actrice principale, téléphoniste dans une petite société de téléphone rose, sorte de peep-show vocal édifiant sur ce que les hommes peuvent proférer comme insanités en lien avec la sexualité et qui cherchent parfois à être dominés.
Le parti pris de la réalisation est clair : le gros plan. Pas de plan d'ensemble, de grands mouvements de caméra. Rien que la quête d'infimes réactions lues sur le visage de Saadet Isil Aksoy, l'actrice, cette femme qui doit entendre les pires grossièretés et y répondre en ayant recours au même registre de vocabulaire et de perversité. Dans un climat d'enfermement que les cadrages accentuent plus encore.
Et aussi étrange que cela paraisse, ces échanges créent parfois des liens. Mais ils livrent aussi des informations de nature à inciter au chantage lorsque les hommes impliqués sont identifiés, malgré eux bien entendu, alors qu'ils ont une « vie publique » en lien avec la politique par exemple.
Un événement tellurique va amener les échanges téléphoniques dans un tout autre registre, mais la tension, pour cette « confidente », ne cessera pas. Ce n'est en rien un échange comme avec Le bel indifférent mais plutôt quelque chose qui nous rapproche de La Voix de Hind Rajab (1784)
Le processus qui consiste à bâtir tout un récit sur le « hors champs » en ne développant l'histoire que par les voix, a été brillamment utilisé déjà, par exemple dans Locke (070), The Guilty (525) ou Quitter la nuit (1389).
Nous découvrons ici les différentes strates proposées à notre réflexion : le handicap physique de cette téléphoniste mercenaire harcelée par son employeur, sa situation de mère divorcée, l'état lamentable de l'état turc, et, in fine, la rage au cœur qui pousse cette victime à prendre son sort en main.
Tout cela est malheureusement un peu confus mais mérite que l'on soit attentif à ces confidences.