Plongez-vous immédiatement dans ce dossier, c'est une enquête passionnante.
Elle est menée par une Léa Drucker souveraine dans son rôle d'officier de la police des polices, l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN en France, comité P en Belgique) et plus familièrement les « bœuf carotte » par analogie au fait que l'on y « mijote » les policiers, interrogés longtemps, comme on cuisinerait ce plat populaire.
L'enquête porte sur des violences policières qui auraient été commises la nuit du 22 décembre 2018 en pleine manifestation des Gilets jaunes à Paris.
Il ne faut rien dire de ces événements pour laisser le suspense haletant qui ne faiblit jamais durant tout le film et qui vous permettra de voir de près ce « Que fait la police ».
L'intérêt du film est soutenu par un montage virtuose qui mélange des images de provenances différentes. Celles mises en scène, celles captées par des téléphones portables lors des événements d'alors, celles dans le même format vertical mais tournées pour les besoins du film, et de nombreux autres plans issus de caméras de surveillance. Et les champs/contre champs des interrogatoires réservent des surprises qui dynamisent ces tête-à-tête qui pourraient devenir fastidieux.
La bande sonore a été particulièrement soignée qui nous replonge immédiatement dans cette ambiance quasi insurrectionnelle.
La maitrise de la structure scénaristique est exemplaire, elle alterne vie privée et enquête, d'une façon qui nourrit l'une et l'autre, non pas sur le plan anecdotique, mais en humanisant, en enrichissant la personnalité de l'enquêtrice.
Ce qui est passionnant, au-delà des faits examinés, de l'investigation, ce sont les enjeux moraux, éthiques, parfois philosophiques qui sous-tendent tout le déroulement de l'enquête, ce qui nous touche profondément parce que c'est déchirant, surtout lorsque des « civils » témoignent, se confient.
Les victimes, les flics intègres, ceux qui commettent des actes injustifiables, ceux qui les nient ou les dissimulent, tout ce petit monde est en proie à de réels défis humains qui concernent chacun d'entre-nous.
De ce réalisateur, nous avions vu Seules les bêtes (733) et La Nuit du 12 (1019).
Deux films construits sur les mêmes qualités, celles des dialogues, d'un casting parfait, la conduite d'enquêtes imprévisibles mais qui concernent au-delà des faits, la complexité des « mis en cause » comme celle des enquêteurs et de tout individu. Ce n'est pas un dossier, c'est une bibliothèque humaine.