Une gerbe de fleurs magnifiques qui seraient cette bande de préadolescents exubérants, formidablement mise en scène avec un dynamisme exceptionnel comme animée par une sève puissante qui imbiberait chacune et chacun dans un désir de vivre un moment de joie, celui d'un camp de vacances. Mais la fête, la joyeuse folie parfois, cachent mal les émotions, les douleurs de certains, ces fulgurances qui marquent le moment de la puberté.
Le duo de réalisatrice nous avaient déjà bluffés avec Les Pires (1085) qui innovait par une technique de tournage issue du casting. A la recherche de personnalités ayant un charisme naturel non conventionnel, une dégaine décomplexée, un physique souvent ingrat, les réalisatrices suscitent des situations qui permettent à ces adolescents de s'exprimer, ce qui provoque des échanges où se mêlent l'improvisation et le dialogue plus écrit, le rire et l'émotion, la confrontation et la complicité.
Vous découvrirez nombre de liens, parfois furtifs, souvent véhéments, et révélateurs toujours d'une humanité qui éclot sous nos yeux, comme des fleurs inattendues et somptueuses.
Et ce petit monde utilise un vocabulaire qui nous remet à la page : daronne (la mère), trop bien, je kiffe, je l'aime de ouf, c'est gavant, t'as la galoche (le fait d'embrasser \"à la française\" -ou \"French kiss\"- une personne, en lui donnant un baiser appuyé et en utilisant la langue.), c'est abuser, barbare, c'est une dinguerie, bref, ce n'est pas le dictionnaire de l'académie française, c'est celui de la vie telle qu'elle se partage à cette génération où le mélange ethnique est devenu une banalité, la solidarité une règle et l'humour, souvent provocateur, un échappatoire.
Et soudain, c'est la confrontation à une autre réalité, bouleversante, celle d'une témoin de l'holocauste. C'est d'une rare intensité et d'une humanité profondément marquante pour cette bande échevelée, encadrée par de jeunes moniteurs à peine plus âgés que cette cohorte qui s'éclate. Shirel Nataf en est l'une des personnalités très marquante et talentueuse, à découvrir aussi dans Les Filles du ciel (1761). Elle deviendra une actrice emblématique de cette génération qui nous apporte sa générosité et son talent dans une effusion qui nous rappelle Un p'tit quelque chose en plus (1471).
Ce film devrait devenir un signe de ralliement d'une génération et tout le monde devrait adopter cette expression comme le fut Touche pas à mon pote, Me too, et quelques autres qui balisent et donnent de l'énergie pour un avenir de réconciliation et d'optimisme.
C'est aussi l'occasion de réentendre cette belle chanson Mon enfance de Barbara qui nous prévient qu'*Il ne faut jamais revenir aux temps cachés des souvenirs Du temps béni de son enfance.