Le titre fait référence au voyage et à la procession pratiqués principalement dans la péninsule Ibérique, vers un lieu saint. Le mot espagnol romería vient de romero, nom qui désigne les pèlerins qui vont à Rome.
Qui dira jamais la blessure, la douleur des enfants qui, à l'âge adulte encore, souffrent d'ignorer la vérité sur leurs parents, sur leurs origines, car elle leur a été cachée bien souvent par des membres de la famille complices de cette chape de plomb dont l'héroïne du film va essayer de se dégager.
Le scenario joue sur la découverte progressive du journal intime de la mère, rédigé dans les années 1983-1984 et l'enquête menée aujourd'hui en Galice par une jeune femme qui fait ce pèlerinage car elle veut connaître ses origines sans pour autant exprimer la moindre rancune, la moindre haine pour le sort qui lui a été réservé.
Cette thématique familiale douloureuse avait inspiré les précédents films de cette réalisatrice : Summer 1993 (421) et Nos soleils (1112). Toutes les qualités appréciées déjà, le regard de la caméra sur les émotions non verbales, la subtilité des situations complexes et fragiles rendues avec finesse, la fluidité du récit se retrouvent ici, malgré la difficulté de suivre les va-et-vient chronologiques dont la lecture est parfois difficile à faire, la même comédienne étant et la mère et la fille.
Un autre intérêt du film est l'évocation d'une Espagne qui se libère du franquisme et où une certaine jeunesse va succomber aux pires tentations, celles de la drogue, celles d'une sexualité sans protection contre le sida.
Un film tissé sur les non-dits mais qui les découvre avec une délicatesse de chirurgien esthétique.