Ce récit à 3 voix nous immerge dans la communauté ivoirienne de Tunis. Inutile de dire que les tracas administratifs de la migration interne en Afrique de cette population à cet endroit n'a rien à envier à ceux imposés de ce côté-ci de la méditerranée. 80% de la migration des populations africaines subsahariennes se fait en Afrique, 20% seulement tente d'atteindre l'Europe.\ Une femme instruite, journaliste, est pasteur, cheffe d'une communauté religieuse évangéliste. Elle partage son quotidien avec une étudiante et une troisième femme, plus débrouillarde dont on ne saura jamais les activités précises. Elle a le verbe haut et des relations interlopes. Le quatrième personnage est une toute petite fille de 4 ans « sauvée des eaux » lorsque l'embarcation de migrants a coulé et dont elle semble l'une des rares survivantes. Cette gosse est fascinante de naturel et très attachante.
Tout le film nous fait partager le quotidien de ces femmes et c'est d'un intérêt, d'une richesse humaine inouïe.
La façon de filmer accentue par la souplesse de la caméra et les cadres le sentiment de découverte, presque de reportage ou d'enquête sociologique.
Une nouvelle fois c'est la démonstration que prier ne sert à rien, sauf à promettre le ciel. En pure perte, vous le découvrirez dans ce film finement féministe et politiquement engagé.
De cette réalisatrice j'avais énormément apprécié Sous les figues (1065) et si ce film-ci n'a pas le côté rural, il montre admirablement le milieu urbain, le poids des incertitudes et le chagrin de l'entre deux pays, celui que l'on a quitté et celui dont on rêve comme d'une promesse du ciel.