Voilà un film passionnant et important. Il ne me semble pas que, contrairement au génocide juif, celui des Arméniens ait inspiré une importante filmographie. Ici, c’est un coup de maître.
Le début « historique », et en noir et blanc, permet de comprendre tout ce qui va suivre.
L’histoire se concentre sur les troisième et quatrième générations des survivants du génocide perpétré par les Turcs qui en prennent ici pour leurs grades.
J’ignorais par exemple que les soldats génocidaires faisaient des paris sur le sexe du fœtus qu’ils allaient faire apparaitre en éventrant leurs victimes ; ça laisse des traces !
Une grand mère obsessionnelle qui s’efforce de transmettre son identité à ses petits enfants. La fille et le gendre qui ont parié sur l’intégration ; bien réussie, mais encore avec de nombreuses attaches à leurs origines, religieuses en particulier.
Puis leur fils qui se radicalise.
Nous sommes en 1974 et la problématique qui s’installe et évoluera durant quelques années, nous vaudra d’aller à Beyrouth, lieu de ce que l’on n’appelait pas alors le jihad mais qui rassemblait tous les révolutionnaires post Guevariste.
Ce qui me semble une rare réussite dans le film, c’est d’avoir pu faire naître progressivement 2 ou 3 récits qui se dérouleront comme les bras d’un même fleuve, avec un intérêt soutenu et équivalent, très interpelant philosophiquement : l’action, la fin et les moyens, la légitimation de la violence, de la vengeance, l’héritabilité du martyre, la responsabilité parentale, la fidélité à sa parole.
Bref, à voir et à faire voir, car le film sans être « à thèse » est d’une grande densité de pensées sans que jamais cela ne soit lourd, appuyé ou démonstratif. Un cinéma engagé avec un regard lumineux et un courage servi par de nombreux talents.