Elle s'en sortira. C'est le portrait, en 1900, d'une jeune enseignante dans un village, Valfroide, totalement isolé par l'hiver au fond d'une vallée, un des hameaux qui surplombent le village de la Grave à environ 1800 m d'altitude. Il est situé non loin du hameau des Hières dans les Hautes-Alpes. Le hameau de Valfroide est plein de charme pour qui y passe en touriste, et est caractérisé par la présence de plusieurs petits villages avec des maisons en pierres aux toitures de lauze. La pierre était utilisée autrefois pour la construction des habitations à cause de la rareté du bois et par peur des incendies. L'hiver y est très rude et le film se déroule essentiellement à cette saison.
Comme dans deux autres films très attachants, Louise Viollet (1521) et Vermiglio (1678) trois des thèmes de ce film-ci sont développés de façon aussi intéressante : l'isolement en haute montagne, la ruralité d'autrefois et l'enseignement obligatoire.
Il y a dans ce monde microscopique (3 enfants à l'école, deux vieilles dames, quelques hommes...) un sentiment d'enfermement qu'accentue l'alternance des saisons. En hiver, les jeunes femmes, les épouses descendent travailler dans la vallée d'où elle remonteront lorsqu'aura disparu la neige.
Il n'est donc pas surprenant que la jeune enseignante provoque le désir, essaye elle-même de s'y confronter, seule puis avec deux des villageois qui disparaitront, engloutis eux au sens propre, dans des avalanches. L'inconfort sanitaire, la modestie de la vie hivernale, les échanges au coin du feu, le soir, dans un dialecte incompréhensible rendent bien cette exiguïté et cette confrontation entre celle qui veut enseigner le monde, et ceux qui y sont confinés.
Le travail de l'image est très remarquable, par les choix des cadres qui dévoilent petit à petit cet univers superbe et oppressant à la fois. Par les lumières qui sont captées de façon exceptionnelle. La lune éclaire la nuit et la neige reflète sa pâleur. Les chandelles chichement utilisées trouent ici ou là la noirceur des intérieurs que seul l'âtre tente de réchauffer avec économie, le bois étant rare là-haut.
Un film qui justifie le cinéma : il nous montre ce que nous ne pourrions connaître, la haute montagne en 1900, et qui nous ressuscite des existences tellement différentes des nôtres, car celles-là ont été englouties par l'oubli.