Ce titre-prénom cache mal qu'il s'agit d'Hamlet, écrit comme il était fréquent à une époque où l'orthographe était peu fixée encore.
On l'a compris, c'est de Shakespeare dont il sera question bien qu'il ne soit jamais nommé. Le film se termine dans le célèbre théâtre du Globe, dont le nom fait penser à la Cérémonie des Golden Globes qui a attribué cette année le prestigieux prix du meilleur film dramatique à cette œuvre-ci, aussi celui pour le meilleur acteur dans un second rôle à Paul Mescal, et du meilleur scénario à Maggie O'Farrell et encore de la meilleure musique à Max Richter. N'en jetez plus !
L'histoire débute en 1580 et prend son temps, dans un milieu rural, où l'on découvre celle qui deviendra l'épouse d'un homme, simple prof de latin à la carrière imprévisible, dont le père est une brute.
Les images sont d'une grande beauté, les reconstitutions d'époque, tant en intérieur éclairé à la bougie qu'en extérieur, sont un enchantement, la lumière est particulièrement bien travaillée et la direction d'acteur, celle des enfants en particulier, est très aboutie.
Et d'enfants il sera beaucoup question puisque, lors de sa seconde grossesse, l'épouse donne naissance à des jumeaux de sexes différents, l'un étant prénommé Hamnet.
Jessie Buckley est la comédienne exceptionnelle, primée elle aussi pour ce rôle lors de cette même cérémonie des Golden Globe. Elle incarne l'épouse, mère des enfants de William, seule fugitive allusion au nom du père.
Ce petit garçon va mourir à 11 ans.
Et c'est à une profonde et bouleversante méditation autour de cette mort que nous convie la réalisatrice, avec un tact exceptionnel. Celles et ceux qui ont perdu un enfant l'apprécieront.
Dans de nombreuses séquences émergent toute la gamme des sentiments, les reproches, les remords, la culpabilité due à l'absence, le poids de la responsabilité et la tentation du suicide.
Bien entendu la question « être ou ne pas être » dont la réponse, impossible, est de celles qui rejoignent l'entêtante recherche de la cause inacceptable de la mort de son enfant.
Et l'on ne nous épargne pas les regards, les jugements de l'entourage.
Une brillante carrière (ici celle d'un dramaturge dont l'exceptionnelle célébrité est en train de devenir évidente) justifie-t-elle ces manquements à ses devoirs de père ?
Les pensées des spectateurs, ceux qui, comme l'épouse, assistent à la naissance de cette pièce, ou ceux qui découvriront le film, ne manqueront pas d'interroger cette notion, celle de l'éternité d'un chef d'œuvre qui défie la mort et l'oubli.
Hamlet est évidement exemplaire de ce qui relie aujourd'hui encore les gens, par la tragédie (comme ici) mais par des bonheurs aussi. De telles œuvres rapprochent ceux qui ont souffert, elles nourrissent l'invitation au pardon, elles favorisent le nécessaire effacement des outrages et des peines. Et le spectacle donné à la fin du film, au théâtre du Globe, m'a semblé être un appel à cette nécessaire compréhension rédemptrice qui permet de vivre. Malgré tout.
De cette réalisatrice, j'avais commenté déjà The Rider (498) et Nomadland (800) qui ont en commun avec cette œuvre-ci la lente et subtile exposition des prémices, ainsi que des lumières superbes et un regard très affuté sur les visages des protagonistes pour y déceler la riche variée des sentiments exprimés.