Pourquoi les producteurs ne lisent-ils pas le scénario d’un tel projet ? La première partie est magnifiquement construite. La mise en scène de ce personnage admirablement incarné par un Pierre Niney en toute grande forme, est haletante et nous illustre brillamment le mécanisme d’emprise collective sur un public décervelé qui, comme des robots, beugle des âneries insignifiantes mais d’apparence inspirantes.
On se croirait à l’un de ces festivals où se réunissent des crétins qui se dandinent sur un rythme abrutissant. Le travail de l’équipe en « back stage » est intéressant et quelques dialogues avec des pigeons bien choisis sont stupéfiants par leur évidente supercherie soutenue par un public qui vocifère comme les paroissiens d’églises évangéliques qui semblent saoulés par les âneries qui se proclament pour galvaniser un troupeau de moutons.
Progressivement, des problèmes surgissent : le travail d’une élue qui veut encadrer ce genre de pratiques, un frère dont on ne saura jamais qui manipule l’autre, un adepte qui perd ce qui lui restait de raison. Nous avons même droit à une émission de Cyril Hanouna qui est le parfait exemple du sale type manipulateur qui se prend pour un gourou de décharges publiques.
Une journaliste qui fait son travail de « complément d’enquête » est ridiculisée comme le sont toutes celles et tous ceux auxquels ce gourou se confronte : sénatrice, procureur, ses collègues y passent aussi. Quant à son couple, il devient une story pour midinette bien dans le ton de celles dont on nous gave durant le film, sur des téléphones portables.
Un concept jargonnant est évoqué au début du film, histoire de lui donner une apparence de sérieux : le système limbique, souvent appelé « cerveau émotionnel ».
C’est un ensemble de structures sous-corticales (hippocampe, amygdale, hypothalamus, thalamus, gyrus cingulaire) situé en profondeur dans le télencéphale qui joue un rôle crucial dans la gestion des émotions, la mémoire, la motivation et les comportements instinctifs (alimentaires, sexuels). Il agit comme une interface entre la vie cognitive et la vie végétative.
Un autre concept nous est asséné pour donner un air de sérieux au film : la positivité toxique qui est l'imposition d'une attitude optimiste en toutes circonstances, entraînant le déni, la minimisation ou le refoulement des émotions négatives (tristesse, colère, peur). Elle force un sourire de façade face à la détresse, culpabilise ceux qui souffrent et invalide leur expérience vécue au profit d'un faux bonheur. Même le striatum dorsal et son extension ventrale, le noyau accumbens, qui sont des structures cérébrales sous-corticales impliquées dans la planification motrice, la prise de décision, la motivation et les apprentissages contrôlés par la récompense, sont appelés pour donner un vague aspect scientifique à ce déferlement de paroles qui rappellent celles proférées par les dictateurs au sommet de leur folie.
Hélas, l’histoire tourne en vrille et l’on ne comprend plus les comportements des protagonistes. Un voyage est organisé comme une fuite triomphale à Las Vegas où l’on se noie dans l’alcool et le chaos d’une histoire qui ne trouve pas sa fin.
Pourtant on y aspire après tout ce temps passé à absorber des images sombres, souvent illisibles, captées par une caméra qui s’agite comme pour une démonstration de virtuosité en miroir avec celle du Gourou.
Son nom, Matthieu Vasseur, était déjà ceux des personnages incarnés par le même acteur dans 2 précédents films de ce réalisateur : Boite noire (854) et Un homme idéal. Il faut citer aussi Burn Out, Visions (1263) et Dalloway (1777) qui donnent une idée des talents de Yann Gozlan pour les cadrages, la virtuosité des mouvements de caméra, le goût pour les personnages aux comportements très troubles, pour les histoires qui sortent de l’ordinaire. Mais la réussite n’est pas toujours extraordinaire, c’est dommage, car la volonté de faire du grand cinéma reste palpable.