La traduction du titre original allemand est Regarder dans le soleil. Le film est tourné dans la campagne de L’Altmark au Nord de l’Allemagne, une région parfois considérée comme le berceau de la Prusse. Elle fût d’occupation russe jusqu’à la réunification de 1990.
L’idée du scénario est de superposer des récits similaires autour de 4 jeunes filles, à des époques différentes, mais dans la même ferme.
Si l’inspiration « classique » de l’unité de lieu est très lisible, celle d’unité d’action est beaucoup plus floue malgré les analogies qui sont à l’évidence, ce qui a inspiré la réalisatrice. L’unité de temps, elle, est délibérément disloquée et cela donne au film, à maints égards intéressant, un aspect à la fois illisible, ampoulé et confus.
Pour nous aider, il y a les périodes éclairées à la chandelle et aux lampes à huile, celles avec lumière électrique.
Une sonorisation peu harmonieuse accompagne les changements d’époque, scandés parfois par des moments d’écran noir. De très nombreux plans sont des séquences, parfois d’une grande virtuosité. Et les effets visuels dans le format de l’image 4/3 sont multiples, une sorte de catalogue des déformations optiques qui, d’ailleurs, font l’objet d’un petit jeu dans une séquence.
Les cadrages sont très travaillés, avec des avant-plans de trou de serrure, de carrés de vitres de porte intérieure, des entrebâillements qui permettent cette initiation voyeuriste du coming of age dans lequel baigne les récits. Un clin d’œil, si j’ose, à Buñuel, un autre à Mary Poppins, la présence des photos de famille mises en scène et fixées sur un daguerréotype puis sur un polaroïd, des funérailles et quelques citations de cinéma ponctuent ce récit zigzagant avec l’évidente intention de mettre les cinéphiles intello de son côté.
Les voix off, très confuses aussi, déroutent faute de bien comprendre qui s’exprime, et au sujet de quelle époque. Nous allons des années 1910 à 1980, puis en 2020 et le jeune homme qui a voulu éviter la guerre en se mutilant va le payer très cher. L’une des sœurs, fascinée par l’homme amputé va avoir des comportements d’une sensualité singulière. Les employeurs exercent une emprise médiévale sur les domestiques féminines, ce qui contribue à donner cette ambiance où la mort, le désir de mourir côtoient la sensualité et la fascination de ces échos du passé. Un peu confus hélas.