Très recommandée cette lettre par laquelle le pouvoir, en Turquie, se manifeste de façon discrétionnaire pour tenter de museler celles et ceux qui ont une attitude, tiennent des propos, manifestent contre cette dictature islamique, façon « light », européo-compatible.
D’autres films turcs ont eu cette prudente audace : ceux réalisés par Sumeya Kokten ou des œuvres comme Mustang (149) Une histoire de fou (184) Les Herbes sèches (1324) Confidente (1818). Ce réalisateur-ci travaille en Allemagne et nous avions déjà admiré de lui La Salle des profs (1370).
Dans un style classique de narration, nous suivrons un couple que l’arbitraire politique va confronter à une très difficile épreuve. Lui perd son emploi de prof, elle voit se briser sa carrière d’artiste pourtant très reconnue à Ankara et ils devront trouver refuge chez la mère du professeur, à Istamboul.
Les relations sont compliquées entre la belle-mère et l’épouse, la nécessité de gagner sa vie va pousser à des compromis, le féminisme de l’actrice et celui de la fille adolescente du couple ne sera pas simple à accorder.
Le climat politique est subtilement rendu qui fait de certains étudiants déjà des collaborateurs avec le pouvoir répressif, alors que d’autres s’engagent avec courage.
La catastrophique emprise des prêcheurs de mosquée qui professent des stupidités écoutées comme des vérités, toute cette ambiance anxiogène et délétère est montrée avec finesse et le titre du film, d’apparence anodin, illustre bien le contraste qu’il y a entre une simple missive et la menace de mort lente qu’elle annonce.