Tourné en hautes montagnes, dans la neige, Alpha rejoint par la fascination que les images haletantes provoquent, les grands films du genre tels La Mort suspendue de Kevin Macdonald ou Everest de Baltasar Komákur (161).
La séquence d’ouverture est éblouissante pour qui aime le ski hors-piste, très athlétique. Le choix du format 4/3 est paradoxale qui limite le champ de vision dans de vastes paysages d’une exceptionnelle beauté.
La structure du récit est simple : un fils, jeune adulte, est professeur de snowboard et son père le rejoint dans cette station « refuge » car nous apprenons que ce sportif a fuit après le récent décès de sa mère. Si son père le retrouve c’est pour tenter de renouer des liens difficiles avec son fils. Le père est tromboniste, le fils pianiste. Ils se réunissent avec quelques amis, dont une séduisante jeune femme que le père drague vaguement au plus grand déplaisir du fils. L’exiguïté de l’appartement dans lequel le père s’impose rend le contact physique entre les deux hommes assez gênant. Leurs sensibilités sont manifestement très différentes.
Une journée va être consacrée par ce petit groupe de skieurs très performants à une expédition qui se mérite par une longue et éprouvante marche d’approche pour atteindre des sommets escarpés. Là, le groupe se sépare et le fils emmène son père dans des descentes vertigineuses. C’est le fils qui sera d’abord enseveli par une avalanche, puis sauvé par le père. Ensuite le père entravé par des lésions aux jambes devra être abandonné en attendant des secours que le fils ira chercher dans des conditions épouvantables. Et la fin du film est assez surprenante.
Bref, cette histoire est une superbe métaphore sur la relation entre celui qui a donné la vie et celui qui devient responsable de la vie de son géniteur, malgré les inimitiés sous-jacentes qui rendent provocants les défis qu’ils affrontent.
La bande sonore est particulièrement significative de cette difficulté à vaincre les obstacles psychologiques et physiques ; le bruit des pas lents et éprouvants dans la neige, la respiration de plus en plus haletante des sportifs, le vent qui siffle et dont le son se mêle à celui d’une musique répétitive qui m’a semblée particulièrement en phase avec cet effort physique et psychique permanant. Détail amusant, les acteurs sont père et fils dans la vie. Et ils ont réussi ici une très belle performance autant physique que cinématographique.