Émoi aussi. Nous sommes à Venise, en 1716 dans la célèbre et prestigieuse institution L’Ospedale della Piéta, créée en 1346, réservée exclusivement aux enfants orphelins, abandonnés, illégitimes, et qui recueille des jeunes bébés.
Une fenêtre en bois était ouverte le soir, derrière laquelle il y avait une cavité où étaient déposés les nourrissons laissés-là avec un indice qui, peut-être un jour, permettra d’identifier leur mère.
Plus tard, une porte ronde en bois a remplacé cette boite à bébé. « La roue des innocents » était un cylindre creux tournant autour d’un axe vertical : il permettait d’y faire entrer des enfants un peu plus grands et plus seulement des nourrissons. L’éducation de ces jeunes filles y était d’une austérité militaire, la cruauté est d’usage pour les « marquer » et le but est de « vendre » ces jeunes femmes lors de mariages plus qu’arrangés, forcés. Cette institution a fonctionné durant 600 ans !
Bien entendu les filles douées pour la musique participent aux messes et donnent des concerts dans un anonymat total, elles sont « invisibilisées » au sens propre.
Puis arrive Antonio Vivaldi et nous allons assister à l’ascension que lui vaut son talent et à la liaison un peu plus que platonique qu’une violoniste d’exception lui inspire. Pour cette jeune femme, ce sera l’humiliation, l’opprobre, et la vengeance, mais aussi une sorte de libération.
Le film est autant un plaisir pour les yeux (décors, costumes fastueux, mise en scène et images superbes) que pour les oreilles parce que toutes les musiques d’époque, le plus souvent diégétiques, et les musiques de complément, soutiennent superbement un récit très moderne par ses enjeux. La marchandisation des femmes au XVIII^e^ siècle nous rappelle que ce qui était l’usage à l’époque n’est pas encore tout à fait oublié aujourd’hui, même si le contexte et les formes ont bien évolués.
C’est la troisième réalisation d’un grand metteur en scène d’opéra qui a filmé déjà Gianni Schicchi et Rigoletto al Circo Massimo. Cette fois il ne s’agit ni d’un opéra ni d’un biopic, mais d’une adaptation du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa traitée avec brio comme un film de fiction.