Un accord parfait. Nous avions apprécié le talent de ce réalisateur dans Living (1094) qui dirige ses acteurs avec finesse et qui restitue le passé avec un raffinement que l’on retrouve ici et apprécie infiniment une fois encore.
Nous sommes dans le Kentucky en 1910. Une voix off nous prend par l’oreille et nous évoque ce lien que certains cerveaux font entre les notes de musique et les couleurs. C’est la « chromesthésie » qui se remarque dans 4% environ de la population qui est dite « synesthète ». Un autre phénomène est évoqué, l’hypermnésie qui permet à certains de retenir immédiatement, e.a., mélodies et paroles. Et bien entendu l’oreille absolue.
Voilà les dons de nos personnages, l’un chanteur, l’autre pianiste, qui se rencontrent au Conservatoire de Boston en 1917 et vivent une grande passion que la mobilisation de l’un d’eux va mettre entre parenthèse lorsque le Congrès vote, le 6 avril 1917, la déclaration de guerre des U.S.A. contre l’Allemagne.
Après la guerre, lors de leurs retrouvailles, ils vont entreprendre un voyage d’ethnomusicologue dans le Maine pour recueillir les chants, souvent des balades pour la première fois sur des cylindres Edison en cire. C’est particulièrement amusant de voir (et d’entendre) cette toute première façon d’enregistrer et donc de conserver et reproduire de la musique. C’est à proprement parler, des voix d’outre-tombe qui sont ainsi diffusées.
Les pérégrinations de ces deux hommes sont nombreuses et à découvrir à l’écran, en particulier la fin du récit.
Et le montage est tout à fait singulier qui laisse au spectateur un (bref) temps à la fin des plans pour en apprécier et la forme et le contenu, avant de passer à la suite. Ce moment de pose fait penser au point d’orgue, cette respiration suspendue dans le déroulement de la musique.
Un film d’un genre mille fois apprécié déjà qui nous fait revivre dans une époque lointaine et dont les codes sociaux étaient particulièrement corsetés. Ce n’est donc pas seulement l’histoire des sons, c’est un regard subtile et nuancé sur l’univers qui les perçoit.