Dans le brouillard, dans le désespoir. Un récit particulièrement réussi de quelques mois d’un parcours très douloureux, celui d’un jeune adulte complètement paumé, en plein Paris, cette ville de riches dans laquelle les pauvres sont plus pauvres encore.
Dans Lola vers la mer (724) j’avais apprécié déjà le talent et la justesse de ton de ce réalisateur, qualité que l’on retrouve ici, amplifiée par la dimension de film choral qui réunit nombre de protagonistes autour de Nino, dont sa compagne admirablement incarnée par Mara Taquin. Cette fois le réalisateur s’est inspiré du roman éponyme de Simon et Capucine Johannin qui nous amène à la découverte des pires dérives d’une jeunesse sans ancrage, tentée par tous les démons de la nuit.
Ils sont vécus par cet acteur belge au nom compliqué : Oscar Louis Högström, omniprésent et dont la voix entendue en off à un ton chaud, poétique, en parfaite opposition à celui des images, très véhémentes, tournées généralement en courtes focales.
Les thématiques abordées le sont comme en demi-teinte au fil du récit, mais elles sont fortes, interpellantes et nombreuses : la tentation du refuge à La Légion étrangère, ou dans la consommation de psychotropes, la dégénérescence due à l’Alzheimer, les trafics en tous genres, le machisme, la véhémence des propriétaires, les comportements LGBTQI+ abordés avec chaleur, diversité et humour par des personnages très sympathiques qui tous partagent le rêve d’une vie idyllique. Mais c’est la galère, les petits boulots, et le plus petit espoir devient vite une déception. Pourtant les rêves ne manquent pas dans cette vie de défonce qui, à seulement 20 ans, fait souhaiter déjà la mort.
Les liens sociaux sont téléphoniques et nous découvrirons petit à petit les conséquences d’une bagarre qui a mal tournée, vue au début du film et dont nous comprendrons la cause et les suites de ce sursaut « moral » devant l’inacceptable.
Parce que, curieusement, il y a une certaine morale dans cette vie de défonce.
Et lorsque ce garçon sera remarqué à un casting commencera une séquence absolument hilarante de mannequinat que je vous recommande car elle éclaire de façon jubilatoire la nuit de Nino.