Éblouissant ! Les premières images de cinéma, restaurées et superbement agencées pour nous rappeler que ces plans de 50 secondes, tournés par des opérateurs de la société lyonnaise Lumière, nous montrent le monde de la fin du XIX^e^ siècle et fondent ce qui deviendra le 7^e^ art.
Un peu comme si vous découvriez La Chanson de Roland pour la littérature ou Josquin des Prés pour la musique.
Ici le réalisateur n’est pas un réalisateur, c’est une des personnalités les plus actives dans le cinéma, français essentiellement, directeur de l’Institut Lumière à Lyon, sélectionneur puis délégué général du Festival de Cannes et auteur de 3 livres chez Grasset, le 1^er^ publié en 2017 sous le titre Sélection officielle. Comme toutes les fortes personnalités, il est décrié par les uns, adulé par d’autres.
Ce film-ci est dédié à la grande personnalité de Bertrand Tavernier à qui l’on doit e.a. un superbe film de montage avec voix off Voyage à travers le cinéma français (310).
Le chapitrage des quelques 120 « films » sélectionnés cette fois permet d’aborder nombre de thématiques qui sont commentées par la voix de Frémaux, peu envahissante, pas trop didactique, avec des moments d’humour qui amusent. C’est d’un intérêt historique incomparable, comme les premiers enregistrements sonores par Edison, ou les daguerréotypes mais c’est aussi une brillante leçon de cinéma parce que nous découvrons la sémantique de cet art dans sa naïve simplicité. Les premiers travelling (en tram, en train, en gondole…) les plongées, les contre-plongées, … et des cadrages tous parfaits qui témoignent de la profonde imprégnation de la peinture « sur le motif » de l’époque, lignes de fuite, horizon, partage de l’espace filmé, avant et arrière-plan, …
Si le commentaire peut, ici ou là, faire l’objet de certaines critiques, la musique de Gabriel Fauré est placée avec un à propos exceptionnel, permettant nombre de synchronismes avec les images, ce qui donne parfois l’impression d’une musique de commande tant elle est bien placée.
Après la projection, le sentiment s’impose que cette histoire continue, celle du cinéma, donc aussi la nôtre, avec talent et générosité.