Une île, au large de l’espoir
Où les hommes n’auraient pas peur
Et douce, et calme comme ton miroir
Ces premiers vers de la chanson de Jacques Brel expriment exactement ce que cette œuvre va nous faire découvrir, un jeune enfant, miroir étonné de ce qu’il observe sur cette île allemande de 20km^2^, comptant 5 petites agglomérations. Elle nous est révélée à la fin de la guerre dans ce film tout à fait en dehors des clichés sur le III^e^ Reich finissant marqué par la mort d’Hitler le 30 avril 1945.
La découverte de cette terre entourée par la mer est en soit un étonnement, la population menant là une vie entre pêche, agriculture, saliculture et élevages.
Le réalisateur (à ne pas confondre avec son homonyme prénommé Levan !) a choisi ce lieu très singulier et fascinant, proche du Danemark, pour y tourner son 15^e^ film dans lequel les sujets abordés sont captivants.
D’abord le portrait d’un adolescent, frère aîné d’un cadet puis d’une sœur qui naîtra durant la période choisie pour le récit, illustrant que la vie continuera.
Cette période est celle des dernières semaines de la guerre. Le père de famille est sur le front, son épouse et la sœur de celle-ci essayent péniblement de nouer les deux bouts. Et ce grand garçon va découvrir un petit monde écartelé tragiquement entre les tenants du régime nazi et celles et ceux qui aspirent à sa fin. Ce conflit de loyauté, particulièrement poignant, est illustré par exemple sans aucun intellectualisme ni spectaculaire, par la quête du pain blanc et du beurre. De même l’arrivée massive de réfugiés qui, évidemment, perturbent les habitants, ne sera pas traitée de façon approfondie malgré les questions qu’elle provoque.
Ce jeune garçon va devoir se construire parmi ces questions qui le dépassent, ce qui lui demandera du courage, des prises de risques sans le soutien de sa mère qui voit en lui l’avenir qu’elle redoute et désapprouve, car cet avenir sera le fruit de la défaite. Et aujourd’hui la résurgence du néo-nazisme en Allemagne rend ce film indispensable pour une population qui sans doute n’a pas toujours été informée de l’horreur par ceux qui y ont pris part.
Le scénariste, Hark Bom, a raconté sa propre enfance dans ce film et il apparait, très âgé, dans le dernier plan du film. Depuis, il est décédé.
La langue locale est partiellement utilisée, l'Öömrang, un dialecte de la famille du groupe insulaire du frison septentrional.
Un des charmes du film tient à la grande beauté des images, des lumières extérieurs, captées en fin de journée et qui ajoutent au sentiment de fin de régime pour cette enfance allemande.