Hugo, comme personne. Ce film est un « seul en scène » façon Luchini, le Poelvoorde d’outre Quiévrain qui occupe seul l’espace pour y dire avec beaucoup de talent, des grands textes, des alexandrins comme ceux de Molière, Racine ou Corneille, mais qui, ici, sont d’un poète qui ne s’en prend pas au Roi soleil, mais au second Empire. Voilà deux années que ce spectacle fait salle comble à Paris au Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Trois merveilleuses et impertinentes jeunes filles tiendront la dragée haute à cet acteur à son pinacle et lui feront craindre un instant d’être « MeToo-isé », néologisme qui dit bien notre époque qui considère Hugo comme « un queutard ».
Nous assisterons à des échanges riches et pleins d’humour entre ce conservateur d’une langue que plus personne ne parle, ne lit et parfois même ne comprend, et cette jeunesse qui trouve dans cette œuvre immense, matière à repenser notre temps. Cela donne l’occasion de nombreux échanges amusants et intéressants sur ce fossé générationnel.
Dans le fil de ce portrait narcissique où même l’épouse est réduite à quelques échanges en vidéo, se glisse une personne qui n’est rien moins que la fille de l’acteur.
Je n’ai pas trouvé cette relation, ce retour d’intimité, très bien traité, un peu sommaire, manquant de clarté. Pourquoi cette situation ? Quels griefs ? Le trac d’un père ne peut seul suffire à expliquer cet abandon ponctué à chaque anniversaire par l’envoi à sa fille d’un volume de l’auteur adulé, lui. Mais cela n’empêche pas d’avoir la larme à l’œil quand se mêlent ce retour de la fille et l’absence évoquée dans ces vers célébrissimes : … Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Le souvenir, c’est la présence invisible. Et sa recherche au Toucan blanc, le théâtre tenu autrefois par la mère de sa fille, est une première tentative de rapprochement. Guernesey sera ensuite un lieu où une autre tentative de fusion affective va se développer.
Le réalisateur est « une pointure » critique, scénariste, acteur, prof à La Fémis, réalisateur ici de son 11^e^ long métrage. J’avais commenté Tout de suite maintenant (282) et Le Tableau volé (1455) qui, tous les deux, me semblaient déjà souffrir d’un certain à-peu- près dans le scénario. Pour quelqu’un qui l’enseigne dans les meilleures écoles, c’est ici un travail un peu comme tout le monde.