Quelle saveur. Voilà un film sur la beauté et la différence.
La beauté des paysages, rare dans le cinéma français, ici de la Drôme, avec ses poiriers en fleurs, ses lavandes à perte de vue, mais la beauté aussi des êtres humains singuliers dont le regard sait dépasser la première apparence pour scruter les richesses intérieures.
La différence, c’est d’abord une veuve, mère de 2 ados, qui s’accroche à l’exploitation apicole, fructicole et aux charges de sa commercialisation. C’est aussi un libraire de province qui défend son commerce marginal, et c’est surtout un être jailli de nul part, aux comportements singuliers.
Tout cela est conté, décrit, regardé avec tendresse, d’une façon délicieuse.
Virginie Efira que j’avais apprécié dans Une Famille à louer (154) est ici aussi belle, certes genre « beaux quartiers », mais tellement juste, profonde, émouvante aux larmes, qu’elle s’impose totalement dans ce rôle improbable, même lorsqu’aux commandes d’un tracteur pelle mécanique, elle se met à arracher des arbres fruitiers, espérant ainsi s’en sortir.
Elle est particulièrement bien entourée, par les deux enfants d’abord qui jouent remarquablement leurs rôles, qui n’est pas simple, loin s’en faut. Est-ce Efira qui crée une seconde fois ce sentiment de vérité chez les ados qui l’entourent ?
Mais il y a surtout Benjamin Lavernhe qui campe un personnage atteint du syndrome d’Asperger dont je gage qu’il va entrer dans le vocabulaire commun comme Rain Man a fait de l’autisme un sujet de bavardage autour de la fascination qu’exerce la différence incompréhensible. Ah ! Nous sommes loin d’un bon Quasimodo...
Ici la description est très nuancée, subtile, avec ces fulgurances intellectuelles, ce penchant pour l’Art Brut, ses relations étranges au monde. Bref, l’observation de ce personnage est, à elle seule, d’un intérêt immense.
Il faut ajouter aussi des images d’une rare beauté. La séquence de nuit, pendant laquelle sont placés les brulots qui sauveront les fleurs du gel matinal, est absolument grandiose.
Bref, un film riche, subtile, plein d’empathie, qui fait du bien.