L’île d’hier est le surnom de cet ilot de 7,35 km^2^ bien connu, Little Diomède en Alaska, dans le détroit de Béring.
A moins de 4 kilomètres de là, une autre île, Grande Diomède en territoire russe, est surnommée L’île de demain. Ce qui explique ces surnoms est le passage, entre les îles, de la ligne de changement de date internationale qui fait vivre artificiellement ces deux îles si proches, avec un décalage de 21 heures. Lorsque la mer est gelée en hiver, il est possible d’aller à pied, du futur au passé.
L’île du film est, elle, purement imaginaire et située dans l’Antarctique. Totalement isolée, elle n’est accessible que par un bateau qui doit rester au large pour permettre à une barque de faire la navette à la rame. Le marin rameur semble être le seul à avoir une notion très précise du temps, indispensable pour fixer les rendez-vous sur le rivage.
Le personnage du film, un écrivain en mal d’inspiration, sera amené sur l’île pour séjourner dans une sorte d’igloo de métal, un lieu complètement isolé, rudimentaire mais autonome. Un récit, en prologue, raconte une histoire très amusante qui se serait passée entre Hercule et Atlas.
Nous comprenons assez rapidement que le but du réalisateur est de créer une boucle temporelle sorte de voyage dans le temps qui lie passé et futur par une répétition continuelle.
Cette boucle est ici, habilement détournée et les répétitions amènent de subtils changements, la venue d’autres personnes et nous serons spectateurs de ces évolutions, souvent très amusantes, mais totalement artificielles et arbitraires.
L’un des thèmes qui se répètent est l’impossibilité de communiquer par téléphone ou par radio, malgré les bribes d’échanges à chaque tentative. L’on pourrait parler d’une comédie « à bas bruit » illustrée, c’est un exemple, par l’absence de chaises dans cette pièce unique. L’intention du metteur en scène est d’échapper ainsi à la tentation des classiques « champs/contrechamps » lors des dialogues.
Le film a été tourné pour l’essentiel en studio, les extérieurs l’ont été sur King Island en Tasmanie, au large de l’Australie, dans un décors désolé, d’une aridité extrême.
Le réalisateur est une personnalité très singulière, polyglotte, acteur, il a réalisé déjà The Last Breadbox, Red Light Revolution, King of Peking.
Je ne suis pas certain que cette île d’hier ait un grand avenir, mais pour sa singularité, c’est à ce film que nous avons attribué le Prix de la Presse.