Et c’est Goal ! Goal ! Goal !
Le film sortira en mars et ne le ratez pas, car il est de ces œuvres subtiles, rares, presque miraculeuses.
Goal parce que les acteurs sont excellents. Les deux mères d’une vérité parfaite, exprimant leurs émotions, leurs volontés et leur générosité avec une subtilité, une richesse et des nuances qui ne viennent pas seulement de l’écriture très maîtrisée du scénario.
Les deux ados sont exceptionnels ! A quinze ans, être confron-té comme ils le sont à une grossesse, cela pourrait être écrasant de clichés, de mièvreries. C’est exactement le contraire : pas un plan d’eux n’est superflu ou maladroit. L’un comme l’autre sont toujours parfaits. Et si la direction d’acteurs est d’une subtilité, d’une finesse magistrale, ce sont tout de même deux petits trésors de talents que l’on découvre. Excellents, ils le sont sur deux registres. Celui de l’évidence d’être à l’image. Toujours bien ancrés, justes, retenant le regard, même lorsque « rien ne se passe » que d’intérieur. Sans être beaux, ils sont fascinants et leurs réactions intérieures se lisent à fleur de peau. L’autre registre est celui de la « comédie », de l’interprétation dramatique. Et comme le film est entièrement consacré à ces 7, 8 mois d’interrogations et de confrontations, avec eux-mêmes, entre eux, avec leurs parents, les scènes à jouer sont aussi nombreuses que difficiles et contrastées. Un festival qui annonce des carrières. L’un comme l’autre de ces deux jeunes avaient déjà une expérience substantielle du métier et cela n’enlève rien à leur exceptionnelle spontanéité, à leur évidence, dans ces deux rôles en miroir et en conflit.
Le film se construit comme un légo de grande taille, des pièces très délimitées, aux couleurs contrastées qui se juxtaposent,
se superposent, se complètent, pour former un ensemble dont chaque élément apporte quelque chose en propre, de singulier, d’inattendu, de subtile.
Goal donc pour le scénario, l’histoire, les dialogues. Certes nous sommes dans un film « réaliste », parent de Ken Loach, bavard comme un Truffaut, attendrissant comme René Clément dans Jeux interdits, émouvant comme rarement, parce que le sujet, l’âge des protagonistes, sont une matière d’une extrême difficulté à capter, à diriger de façon cohérente et créative, et qu’ici, c’est magistralement maîtrisé et réussi.
Goal donc enfin pour cette production qui sans avoir « souffert » d’impécuniosité, a dû manifestement mettre les petits plats dans les grands.
Et comme à chaque plat, à chaque plan, les choix sont bons, justes, les positions de caméra signifiantes, le choix des focales adaptés parfaitement, les décors pleins de sens, la lumière aussi triste que nos héros, nous suivons en haletant ce récit même s’il est d’une pauvreté de moyens en parfaite harmonie avec le dénuement des milieux dont sont issus les familles décrites. Voyez le traitement donné au stage de foot. Tout est parfait, vif, d’une dynamique à couper le souffle. Et ce n’est qu’une série de coups de pieds sur des ballons et un aboyeur qui fait ramer les galériens. D’autres moments sont de pause, de souffrances intimes, d’inquiétudes, de questionnements, de retournements. Et tout cela nous laisse le dos tendu, le regard écarquillé, l’esprit avide de la suite, de la première à la dernière image.
Vivement que ce réalisateur, Guillaume Senez, passe en Division I.