De ce réalisateur j’avais commenté déjà Le Fils de Saul (175) et je regrette de retrouver ici ce manque de maîtrise, de clarté dans le déroulement du récit.
C’est d’autant plus regrettable que l’histoire de ce jeune garçon est passionnante, recueilli dans un orphelinat durant la guerre, il retrouve sa mère à la libération, sans savoir exactement ce qu’elle a vécu et avec qui, ni connaître le sort de son père.
Nous entrons dans la vie de toutes ces personnes par le regard de ce très jeune homme après l’échec de l’insurrection de Bucarest en automne 1956. L’ambiance est admirablement restituée par les décors et une photographie (sur pellicule) qui rend l’image impressionnante car elle correspond tellement à ce que nous imaginons de l’époque.
Le récit compliqué doit être découvert en salle. Il suscite nombre de réflexions. Sur l’antisémitisme ordinaire qui est si présent aujourd’hui encore, sur les compromissions que nécessite la survie, sur le chantage, sur l’engagement militant, la légitimité des moyens de lutte…
Il faut se laisser emporter par ce récit un peu titubant, qui exprime l’état d’esprit de ce garçon confronté aux problèmes qu’il ne peut encore décoder. Grégory Gadebois fait une prestation exceptionnelle, s’exprimant avec une conviction remarquable dans une langue, le hongrois, dont il ne comprend pas le premier mot.
Ce film est de ceux qui enrichissent, rappellent l’Histoire en ces temps où c’est tellement nécessaire, mais qui aussi, surtout, donnent à penser. Nous sommes tous un peu orphelins de quelque chose, ici de la tentative d’émancipation de l’URSS, ou d’un père disparu, et bien entendu d’un monde que l’on rêve civilisé.