Ce film de 2010 a été admirablement restauré est nous est proposé avec beaucoup d’à-propos : il y est question du Liban en guerre, sans que jamais ce pays ne soit nommé. Le tournage a eu lieu en Jordanie.
L’ouverture du film se fait sur des visages d’enfants qui regardent la caméra, regards durs, sombres et dans lesquels l’on ne peut que lire la haine, le désir de revange, de vengeance, celle qui va nourrir des générations de combattants.
La construction du film, en deux temporalités, est très claire et rend le récit haletant jusqu’à sa conclusion.
D’une part un frère et une sœur, deux enfants jumeaux adultes, apprennent les volontés de leur mère, décédée. Ils vivaient au Canada.
D’autre part, nous allons connaître les éléments essentiels de la vie de cette mère, admirablement incarnée par Lubna Azabal dans le rôle qui l’a lancée dans la carrière que nous lui connaissons depuis. Elle interprète le personnage de Souha Bechara, une militante « libanaise » qui, suite à une tentative d’assassinat sur le chef de l’armée du Sud Liban le 7 novembre 1988 subira une détention épouvantable durant 10 années.
Cette femme « chrétienne » avait commis l’inacceptable : avoir un enfant avec un père « musulman ».
Le film est mené avec une rare maîtrise que nécessite un tel drame, à la fois intime et politique. Rien n’est appuyé de façon militante. Comme dans les récits mythologiques, seul le désir de transformer les faits, aussi épouvantables soient-ils, en leçon d’humanisme est ici le moteur de l’histoire qui nous est proposée. Va-t-on éteindre la haine comme un incendie, pour faire place à la réconciliation ? En cette période où les feux brûlent partout, un tel film doit être (re)vu.