Le titre désigne une ville ukrainienne située dans le Donbass, sur la ligne de front de cette guerre incompréhensible et meurtrière. Ce film documentaire en fait un portrait émouvant sur une longue durée, une dizaine d’années, ce qui permet de voir le désastre provoqué par les combats qui ne laissent que des battus. Un immense crassier témoigne de l’exploitation minière dans la région et nous verrons ce terril blanc en hiver, noir en été, comme une sorte de lourd gardien de l’enfer, immuable.
Serge Lozbitsa, en 2019, avait déjà consacré un film au Donbass (612) qui annonçait la guerre, et que personne ne voulut voir venir. Un autre film, Timestamp (1854) avait déjà permis il y a quelques mois à peine, de vivre parmi des jeunes ukrainiennes et ukrainiens dont les vies étaient totalement bouleversées par la guerre.
Une voix off accompagne, explique les images qui nous sont proposées. Certaines sont un vrai hommage vibrant à la beauté de ce pays. D’autres nous montrent la vie dans des tranchées comme en 14/18, d’autres permettent de contempler les ruines désolantes que les combats ne font que multiplier. Une grande part des combats est maintenant soutenue par une technologie que l’on ne s’attend pas à trouver dans ce chaos. La juxtaposition de périodes différentes qui sont rapprochées par le montage accentue encore ce sentiment de profonde désolation et d’impuissance pour ces gens qui souffrent, se battent et meurent.
Rien ne nous est épargné : les ambulances qui se transforment en corbillard, les manipulations d’obusiers, les chasses à l’homme dont le but est clairement la mort de l’adversaire. Deux femmes sont particulièrement mises en avant dans ce film, l’une commerçante au péril de sa vie, l’autre au service de santé militaire, confrontée aux horreurs physiques des corps meurtris.
Et il y a 4 frères dont les vies sont très contrastées. Suivre leurs destins à toutes et tous est certainement un des grands intérêts du film.
Mais beaucoup d’images sont insoutenables, vous nouent la gorge et nous devons à ce peuple martyrisé de voir ce film qui permet, par la pensée, de partager leurs souffrances, celle de la cohabitation de l’espoir et du désespoir.
La Belgique peut s’enorgueillir d’avoir permis qu’un tel film existe.