C’est le ressenti de la famille après ce drame inimaginable qu’a été la décapitation de Samuel Paty à la sortie de son lycée le 16 décembre 2020.
Pourtant (presque) tout avait été fait pour contenir la fureur imbécile exprimée sur les réseaux sociaux qui a amenée à l’exécution (au double sens du terme) de cette fatwa inspirée par une cabale qui a débuté par un témoignage mensonger sur foi (au double sens du mot) d’une adolescente qui a évoqué les circonstances de la projection à un cours, des caricatures de Charly Hebdo sur Mahomet.
Ce qui d’abord, crée la tension dans le film, c’est le choix du compte à rebours des 11 derniers jours de celui qui va mourir, nous le savons.
La voix off de l’acteur qui incarne admirablement ce martyr nous cueille dès le début du film. Tous les éléments politico-philosophiques sont bien illustrés : la liberté d’expression, la liberté de la presse, la loi du 9 décembre 1905 actant la séparation de l’église et de l’état qui fonde la laïcité en France et qui nous manque tant en Belgique.
Mais plus subtilement sont évoqués aussi les questions du blasphème et de l’irrespect, celles aussi de la différenciation du traitement réservé aux musulmans, aux juifs, à tout autre façon de « genrer » les individus comme s’ils étaient tous formatés selon leurs origines.
Le drame provoqué par Mohammed Merah est évoqué qui, à Toulouse en mars 2012, tue 3 militaires, un rabbin et trois enfants d’une école juive où six autres victimes seront blessées.
Merah était sympathisant de l’État islamique, comme l’un des prêcheurs qui a utilisé les réseaux sociaux pour répandre sa fatwa contre ce professeur d’histoire sans histoire. Une fatwa n’est pas un ordre de tuer ! Mais depuis celle prononcée à l’endroit de Salman Rushdie en 1989 par « le guide suprême » Khomeini, plus personne ne se retient ! C’est un jihadiste tchétchène qui sera le bras armé de ce drame-ci. Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? aurait-on écrit en un autre temps. Mais déjà, la galère était turque…
Il y a une très bonne évocation du ressenti de l’islamophobie dans ce film : « Si nous avions été juifs, jamais vous ne nous auriez traités comme cela ! ». Et cela vénère (énerve en argot) cette jeunesse adolescente, prompte à s’échauffer et qui ignore sans doute le massacre de la Saint-Barthélemy et d’autres comme en Arménie, au Rwanda…
Quelques voix dans le film font naître un espoir, celle de la fille de l’imam auto-proclamé qui cite le fameux verset du Coran : « Tuer une âme, c’est tuer toute l’humanité » (sourate Al-Ma'ida - La Table Servie -, verset 32).
Hélas le venin des religions fait perdre la tête aux hommes qu’elles abusent, ce qui les pousse parfois au meurtre au nom de leur foi.
Dans un précédent film de ce réalisateur L’Enquête (116) je le comparais à André Cayatte !
C’est bien le genre qu’il a développé dans d’autres films toujours inspirés par des faits réels ce qui rend son œuvre presque documentaire.
Mais ici avec un casting remarquable jusque dans les moindres silhouettes, et il en est de très nombreuses, adolescentes en particulier, très convaincantes ce qui était indispensable pour maintenir le haut degré d’émotion qui se dégage du film.
L’usage parfois trop appuyé des contre-jours nous suggère sans doute que faire la lumière ne va pas de soi.
Le film est scénarisé au départ d’un roman de 2023 écrit Stéphane Simon Les derniers jours de Samuel Paty. Alors que ce drame aurait pu nourrir les pires relents façon Le Pen, Zemmour, et autres xénophobes, il évite cette tentation. Sauf peut-être dans une courte scène durant laquelle sont égrenés tous les acronymes dont est si friande l’administration française.
Si le cinéma doit faire rêver, il doit aussi, il doit surtout faire penser. N’abandonnez-pas cette occasion exceptionnelle.