Une île
Une île au large de l’amour
Posée sur l’autel de la mer
Ces vers de la chanson Une Île de Brel anticipaient sans le savoir, la description du lieu de ce récit qui est, par excellence, celui de l’isolement. Et le mot demoiselle, s’il n’est pas formellement interdit aujourd’hui, mademoiselle a été supprimé lui, en France, dans les formulaires officiels par une circulaire du 21 février 2012 et en Belgique cette suppression est entamée pour ne plus catégoriser les femmes selon leur statut marital.
Les ingrédients principaux de ce récit sont ainsi donnés par son titre qui le rend d’une grande modernité bien que l’histoire, réputée authentique, aussi peu croyable soit-elle, se déroule entre 1542 et 1545. Elle fut consignée par la sœur de François Ier, Marguerite de Navarre dans son Heptaméron, ce titre est donné à un ouvrage littéraire divisé en 7 « journées ».
C’est un film sur la violence faite aux femmes, l’emprise de leur bourreau et le poids de l’autorité des hommes sur la vie même de celle dont la fonction est si souvent réduite à donner la vie.
Marguerite de la Rocque devait épouser son oncle, vice-roi du Canada, mais un jeune noble qui était du voyage vers cette nouvelle colonie française, a « forcé » cette jeune fille, violée dirait-on aujourd’hui. Ce qui provoqua une grossesse dont le moins que l’on puisse dire, est qu’elle n’était pas désirée.
Le violeur, la violée et la servante de celle-ci sont donc abandonnés sur une île rocheuse inhabitée, aride et hostile dont l’aspect est particulièrement austère. Ce qui incite à qualifier aussi ce film de survival. Au fil du temps et des saisons, nous assisterons à toute une gamme de comportements, de violences de toutes natures qui sont hélas encore aujourd’hui d’une grande actualité.
Et cette question : un premier baiser partagé, fût-il suscité par la femme, permet-il que l’homme s’empare d’elle ? La culpabilité devient alors un ressenti lancinant qui pousse parfois vers un mariage réparateur, lequel imposerait à l’épouse, des « devoirs ».
Cette situation provoque aussi l’envie d’une interruption volontaire de grossesse. L’argument de l’homme qui proclame « Je vous aime tellement » fait écho au sort des femmes battues.
Et lorsque viendra le moment de donner cet enfant né d’un crime qui était alors presque considéré comme un droit de l’homme sur la femme, l’on pense à ce poignant moment du film La Plus Précieuse des marchandise (1600) où pour sauver son enfant, il faut le donner.
Salomé Dewaels assume ce rôle parfois au bord de la caricature, avec un naturel et une conviction très impressionnante, ce qui contribue beaucoup à rendre le film envoûtant si l’on ne s’arrête pas à ses invraisemblances. Celles-ci sont dues pour partie aux aménagements du récit original par les scénaristes et le réalisateur qui signe ici son 4e long métrage.