Un film à accueillir à bras ouverts, d’une rare délicatesse, tout en nuances et d’une élégance due à de multiples talents.
La photographie d’abord, aux tons désaturés qui donnent une douceur apaisante aux images cependant tournées durant la guerre, en 1943, à la frontière franco-suisse le long de laquelle les réfugiés tentent d’échapper à la mort, mais s’ils sont pris par les gardes suisses, ils seront refoulés. « On ne peut pas ouvrir la porte à tout le monde ». Les costumes, les décors et le soin apporté aux accessoires contribuent grandement au charme de ce moment d’histoire récente.
Dans une communauté protestante, austère, un pasteur et son épouse emploient, un peu par charité, une jeune fille, sœur ainée de 2 cadettes dont le père vit sans leur mère.
L’actrice sur laquelle repose ce récit a un visage habité qui exprime une intériorité, une détermination sans faille et elle en aura besoin tant les épreuves qu’elle devra affronter, à pas feutrés, seront d’une violence sociale admirablement rendue, mais sur un ton retenu, comme en sourdine. La scène où elle sera « forcée », elle est prise à bras le corps, est filmée avec un tact qui accentue encore l’outrage. Et la réplique du violeur lorsqu’il apprendra que cette encore enfant débute une grossesse est d’une inqualifiable indignité : « Un homme n’est jamais sûre d’être le père ».
Le récit prend le temps de créer l’émotion et la sympathie comme certaines musiques le font par des tonalités, des accords et des tempos qui se répondent et s’enchaînent subtilement.
Notre jeune femme est souvent filmée lorsqu’elle marche d’un pas déterminé qui illustre son état d’esprit et son énergie.
C’est évidemment un film sur le sort de la femme, la démonstration que si l’on prend son sort à bras le corps, tout est possible. Même s’affranchir de cette injonction « tu es ma femme ».
Au prix parfois d’un rude labeur pour arriver à vivre par ses propres moyens.
La réalisatrice suisse signe ici son premier long métrage avec une subtilité très touchante.