L’ami silencieux est un arbre, le ginkgo biloba. En Occident, le ginkgo, qui fascinait par toutes ses caractéristiques prodigieuses, connut un engouement pour les promesses de ses bénéfices thérapeutiques potentiels à la fin du XXe siècle. Dans le film, nombre d’allusions sont faites aux étrangetés de cet arbre. Il en est de mâles, d’autres de femelles ! Ils sont d’une longévité et d’une résistance exceptionnelle : à Hiroshima, c’est le premier arbre qui a repris vie après le bombardement atomique. Le plus impressionnant arbre de cette espèce en Belgique est à Tournai, avec sa circonférence de 7,20 m. !
Celui qui est au centre de ce récit et de toute l’attention du chercheur, est à l’université de Marbourg, une des plus anciennes universités protestantes du monde.
Trois histoires feront l’objet de ce scénario assez décousu, à la limite de l’ésotérique.
Nous commençons par suivre un scientifique asiatique qui va se trouver bloqué sur place par la crise de la COVID, thème à la mode comme dans Maspalomas (1963) pour évoquer l’isolement. Il s’agit d’un chercher en neurologie et biochimie. Nous faisons sa connaissance dans son travail sur le cerveau, et singulièrement celui des bébés.
La deuxième temporalité est celle des années 70 durant lesquelles nous suivons un étrange couple de jeunes chercheurs pour lesquels un géranium en observation focalise toute l’attention, non sans un certain sens de l’humour.
Et la troisième époque est située en 1908, lorsque pour la première fois, une jeune femme ose solliciter son admission à l’université. La scène est magnifique et le talent de cette actrice, Luna Welter, remarquable.
Chaque époque est filmée sur un support technique différent : le numérique, le 16 m/m pour les années 70 et le 35m/m N&B pour la période la plus ancienne.
L’esthétique formelle très recherchée est certainement l’un des attraits du film, avec sa systématisation des plans fixes dans l’époque la plus récente, comme pour accentuer l’immobilité que la crise sanitaire a provoquée.
En noir et blanc, la prise de vue de photos fixes va jouer un rôle très subtile, tant esthétique que narratif.
Le montage dont la logique, le possible sens, échappent complètement à la raison, est très fluide mais nous perd totalement, non sans le concours de nombreuses images, très belles, mais abstraites comme celles qui débutent le film montrant la naissance de plantes dans une subtile ambiance sonore, ou des images sensées nous montrer le fonctionnement cérébral d’un nouveau-né.
Cette réalisatrice hongroise a déjà une œuvre marquante mais 15 ans se sont écoulés depuis son dernier film. Elle semble adepte du « récit décentré » et ne craint pas de proposer à son public un long film nécessitant une grande vigilance comme pour un ami qui resterait silencieux.