Audacieuse déclinaison du concept d’*espace liminaire, un lieu de transition entre deux réalités, les couloirs, les halls tantôt remplis de passagers, ensuite vides de toute âme qui vive.
Le labyrinthe en est une illustration, comme les dessins de Maurits Cornelis Escher.
Cet univers semble familier à une génération de gamers, mais déjà The Shining de Stanley
Kubrick utilisait cette ambiance angoissante pour se faire peur. C’est ce qui définit le genre « psycho-horror », cette façon de créer les conditions d’effrois pour l’esprit humain, la paranoïa, plutôt que par des images classiques de monstres et d’actes sanglants.
Il faut bien un style, une histoire, pour essayer de nous embarquer dans ce monde artificiel, le 16 juin 1990. Cette date situe l’action dans ce qu’il est convenu de nommer « analog horror », analog(ique) évoquant l’avant numérique, matérialisé par des images façon VHS cracra. C’est un genre en soi qui connait déjà un catalogue pour passionnés.
Le début du film est traité de façon hystérique par une caméra qui a des convulsions soutenues par le bruit d’une respiration haletante, celle du caméraman affolé, qui est supposée nous faire frémir de peur.
Ensuite, débute un tête à tête entre un « raté » qui tient boutique dans un magasin de meubles, au lieu de faire la carrière d’architecte à laquelle il aspirait. Et pour compléter son profile, il subit un divorce douloureux. En face de lui, une psychanalyste clichée et bêbête. Leurs destins croisés vont nourrir une intrigue qui consterne par son niveau pitoyable.
Des disfonctionnements électriques annoncent laborieusement le moment où, comme par magie, l’on passe de la réalité aux cornichonniers que l’on est supposés supporter avec un accompagnement sonore, je n’ose dire une musique, insupportable. Le matériel de sonorisation est d’époque, les années 90, et cela ajoute aux clichés arbitraires de la narration.
Dans le jargon psy qui nous est infligé il est fugitivement question de l’effet neuronal à la résistance, qu’elle soit cognitive où provoquée par le stress.
Je suppose que les spécialistes comprendront que certaines scènes illustrent ces savantes avancées de la science.
Ce qui amuse vaguement lorsqu’enfin se termine cette laborieuse errance dans des lieux imaginaires, c’est que la psy est à son tour examinée par un confrère. Elle en a bien besoin.
Ce très jeune réalisateur s’est fait une réputation sur les réseaux grâce à ce concept de Backrooms qui enflamme les fans. Que grand bien leur fasse.
Et je ne pense pas que le film rivalisera avec Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir, bien qu’il en décline les mêmes mécaniques narratives.